Julie Boulanger
04 mai 2012 @ 22:10
« We're not bad people, we just come from a bad place. »

Je suis obsédée par cette phrase prononcée dans Shame par Sissy, la soeur du personnage principal, qui est bien plus que l'érotomane auquel l'a réduit la réception, davantage une sorte de Patrick Bateman mélancolique et de protagoniste de tragédie. Le film se construit d'ailleurs comme une tragédie et s'éloigne en ce sens au caractère moralisateur qu'on a pu lui prêter.

Cette phrase n'est jamais expliquée dans le film et c'est sans doute pourquoi elle s'en détache et me hante sans que jamais je ne puisse même comprendre précisément ce qu'elle signifie pour moi.

Il est faux de dire que je viens d'une bad place. Je viens d'une famille aimante, d'une banlieue tranquille. Et pourtant, j'ai cette conviction qu'I just come from a bad place. Ce n'est peut-être pas à titre personnel, peut-être dois-je vraiment retenir le we du we just come from a bad place. Après tout, nos origines, qui que nous soyons, où que nous soyons, sont toutes violentes.

Peut-être aussi que je pense à une communauté précise originaire d'un tel lieu, de cette communauté à laquelle je me rattache le plus, celle qui connaît l'existence du black lodge... 

Oui, s'il y a une communauté à laquelle je crois appartenir, c'est une communauté d'êtres obscurs: mélancoliques, pessimistes ou violents, ou tout ça à la fois. Je ne peux pas me le cacher, les êtres dont je me sens le plus près ou que j'aime le plus sont habités par cette force obscure, qui effraie ou éloigne la plupart des gens, à moins qu'elle soit bien dissimulée. Et pourtant, j'ai parfois l'impression d'être trop joyeuse pour les plus mélancoliques, trop optimistes pour les plus pessimistes et trop tendres pour les plus violents, et j'ai peur que ces gens que j'aime le plus, ces gens qui sont trop obscurs pour la majorité, mais juste assez pour moi, me méprisent au fond parce qu'ils méprennent cette douceur toute relative, cette joie toute relative et cet optimisme tout relatif pour de la faiblesse... Qu'importe, ce sont eux que j'aime par-dessus tout et si jamais ils pensaient ainsi, je sais qu'ils ont tort...

*****

Aujourd'hui, nous avons décidé de rester toute la journée à la maison. L'envie de partir à Victoriaville nous tenaillait. Mais avec cette entrevue que je dois passer lundi, il vaut mieux, sans doute, que nous restions à la maison. Ironie du sort, je suis rivée à mon écran. Je suis de façon obsessionnelle ce qui se passe sur Twitter et ce qu'on rapporte dans les sites de nouvelles.

Je ne peux pas me cacher que je ne saurais trop où me placer si j'y étais. Il y a une tension insoluble entre mes convictions radicales et mes réserves éthiques fondamentales sur leur mise en action. Je suis confinée à l'immobilisme.

Mardi, nous sommes allés Amélie, Louito et moi à la manif anticapitaliste. Après à peine un peu plus d'une demi-heure de marche, les premières altercations entre la police et les manifestants ont commencé. Rien d'étonnant, non seulement compte tenu du climat actuel mais en considérant toutes les personnes qui sont tombées sous les balles du SPVM dans la dernière année. J'aurais voulu rester plus longtemps, j'espérais d'une certaine façon que les choses se calment, mais c'était un instant de naïveté impardonnable de ma part. Pourquoi, du reste, les choses auraient-elles dû se calmer? Louito m'a dit qu'arrivé à un tel stade, il faut soit être prêt à affronter les policiers ou qu'autrement il est préférable de partir. Nous sommes donc partis. J'ai beau hurler contre la violence policière, invectiver les paci-flics en cercle fermé, je n'ai juste pas ce qu'il faut pour m'opposer en acte à la répression...

 
 
Trame sonore: Depeche Mode - Damaged People
 
 
Julie Boulanger
29 avril 2012 @ 13:39
En écrivant mon billet, j'étais portée par l'urgence, sachant que cette exaltation qui m'habitait cèderait rapidement la place à autre chose de plus obscur, de plus violent. La paix n'est jamais qu'un état temporaire. Je voulais inscrire ce sentiment furtif avant qu'il ne disparaisse.

Je ne m'étais pas trompée. Dès jeudi soir, l'exaltation s'est effacée derrière les tourments, précisément autour de la question de la violence. Troublée par de nouvelles perspectives, j'ai passé les nuits suivantes à me réveiller à tout moment, ne pouvant en démordre. Puis, une rage croissante a succédé à ces questionnements qui me laissaient sans répit. Hier, je me sentais consumée par ma propre violence. J'ai cherché frénétiquement un moyen d'échapper à ce tourbillon trop familier qui me conduit à la passivité complète. Henri Michaux sans doute pourrait me donner un peu de répit. Seul le négatif m'apaise.

Je feuilletais frénétiquement les pages de La Vie dans les plis en cherchant ces mots clés qui ne me libéreraient pas. J'ai trouvé le poème « Qu'il repose en révolte », poème que j'avais oublié, que je n'avais en fait jamais remarqué, allez savoir pourquoi, et je me suis sentie bien pendant quelques instants. Je me suis dit: « Oui, voilà, lisons Henri Michaux. » Mais rien à faire. Je n'arrivais pas à m'habituer à la succession des poèmes. Il m'aurait fallu relire le même toute la journée et je ne pouvais m'arrêter sur quoi que ce soit.

Seule une longue marche au soleil est venue à bout de moi momentanément. Je marchais en écoutant de la musique à tue-tête, avec mes écouteurs qui m'isolent presque totalement des bruits extérieurs. J'avançais parmi la foule du Village puis du Quartier Latin avec une vague impression d'irréalité. J'avais beau voir les gens, puisque je ne les entendais pas, il me semblait que j'étais isolée, détachée d'eux et de moi-même. À la Bibliothèque nationale, j'ai rapidement mis la main sur des albums que j'espérais juste assez épiques sans être grandiloquents, trame sonore parfaite pour mon état d'esprit.

De retour à la maison, la colère a repris ses droits. J'ai cru que le massage qu'était venue me donner mon amie, étudiante en massothérapie, la liquiderait. Un massage au son de Chostakovitch, ça ne peut que faire la job, non? Peine perdue. « Ton dos est complètement noué. Il aurait fallu que je te masse pendant trois heures. » 

Aux grands maux les grands remèdes! Nous avons affilé les cocktails jusqu'aux petites heures du matin. Là où le reste échoue, l'alcool réussit généralement. Je ne savais même pas que j'étais capable de boire autant, qui plus est, sans être malade. Des Killer Kool Aid, voilà tout ce dont j'avais besoin au fond. Une dizaine de drinks qui se boivent comme du jus, de la musique et des conversations déprimantes, ça vient à bout de tout.

Me voilà donc plus épuisée qu'apaisée. Je pourrais méprendre la fatigue du lendemain de veille pour un sentiment calme. Je ne suis pas dupe. Lorsque mon énergie reviendra, le reste suivra aussi. Et je pourrai enfin réfléchir assez pour écrire le texte que j'avais en fait l'intention d'écrire. C'est devenu une habitude, écrire un texte à la place d'un autre...

*****

Qu’il repose en révolte

Dans le noir, dans le soir sera sa mémoire
dans ce qui souffre, dans ce qui suinte
dans ce qui cherche et ne trouve pas
dans le chaland de débarquement qui crève sur la grève
dans le départ sifflant de la balle traceuse
dans l’île de soufre sera sa mémoire.

Dans celui qui a sa fièvre en soi, à qui n’importent les murs
dans celui qui s’élance et n’a de tête que contre les murs
dans le larron non repentant
dans le faible à jamais récalcitrant
dans le porche éventré sera sa mémoire

Dans la route qui obsède
dans le cœur qui cherche sa plage
dans l’amant que son corps fuit
dans le voyageur que l’espace ronge.

Dans le tunnel
dans le tourment tournant sur lui-même
dans celui qui ose froisser les cimetières

Dans l’orbite enflammé des astres qui se heurtent en éclatant
dans le vaisseau fantôme, dans la fiancée flétrie
dans la chanson crépusculaire sera sa mémoire.

Dans la présence de la mer
dans la distance du juge
dans la cécité
dans la tasse à poison.

Dans le capitaine des sept mers
dans l’âme de celui qui lave la dague
dans l’orgue en roseau qui pleure pour tout un peuple
dans le jour du crachat sur l’offrande.

Dans le fruit de l’hiver
dans le poumon des batailles qui reprennent
dans le fou de la chaloupe.

Dans les bras tordus des désirs à jamais inassouvis
sera sa mémoire.

- Henri Michaux, La Vie dans les plis
 
 
Trame sonore: Chostakovitch - Sonate pour violon, Op. 134 et Op. 147
 
 
Julie Boulanger
26 avril 2012 @ 18:03

Après de longues semaines à avoir l'impression de passer à côté de l'événement, d'abord par nécessité, puis ensuite pour mille et une raisons, parce que je croyais avoir déjà raté le train, parce que je me disais que si je sortais, je ne pourrais réfréner l'envie de tout casser, et surtout, surtout, parce que je me sens toujours mal dans une foule, jamais à ma place, toujours de trop, nous sommes sorties hier soir, Amélie et moi, aux côtés de notre anarchiste préféré. Pourquoi cette manifestation plutôt qu'une autre? Pour la simple beauté d'une manif de soir, parce que le nom « L'hostie de grosse manif » était juste trop parfait -- surtout que la ministre s'offusquait de ce nom blasphématoire et prétendait qu'une ministre ne pouvait prononcer de tels mots, alors que des mots odieux, des mensonges éhontés, elle en a tellement prononcés que je ne comprends même pas comment elle peut continuer de se montrer dans les journaux et à la télé --, parce que ma colère atteint des sommets en raison de l'arrogance des tout-puissants qui ne se cachent même plus d'être des salauds finis ne travaillant que pour les intérêts des leurs, parce que les choses se corsent et que j'ai l'impression que c'est maintenant que ça se décide vraiment, sans rien nier, bien sûr, de tous les efforts accomplis pendant plus de deux mois, de ce courage sans lequel un vrai commencement ne serait pas enfin possible? Pourquoi celle-là plutôt qu'une autre, je ne sais toujours pas.

Lorsque nous sommes arrivées au Parc Émilie-Gamelin, nous sommes restées en périphérie. Ce sentiment d'être de trop refaisait surface, sentiment absurde, bien sûr, puisque qui est de trop dans une manif, n'est-ce pas, sauf ceux qui sont déjà exclus (dont je ne fais pas partie, je dois bien l'avouer), sans compter que l'ambiance festive me tapait sur les nerfs, non parce que je voulais que tout soit saccagé, mais parce que la fête obligatoire m'irrite lorsque les temps me semblent davantage propices à la colère et que je n'avais pas envie que la manif soit infestée par l'industrie culturelle, comme tout le reste, avec l'impératif de fausse gaieté qu'elle impose. Je prends tout trop au sérieux, que voulez-vous, j'avais envie de processions solennelles, ça doit être parce que je suis de la trempe des romantiques révolutionnaires, sans doute, oui, et je m'en porte très bien, je préfère être une grande romantique qu'un ostie de cynique de marde en culottes courtes qui ne travaille qu'à sa propre édification, comme il y en a trop, si originaux se considèrent-ils.

La foule, qui me semblait impressionnante sans que je ne puisse encore en estimer le volume, a fini par se mettre en marche. Un sentiment de joie m'a rapidement gagnée, alors que nous marchions tous à un rythme énergique, enivrant. À peine avions-nous marché quelques mètres que mon coeur s'est emballé. Tandis que nous montions Berri, que des manifestants remplissaient tout l'espace, que je voyais des gens monter de chaque côté alors que je restais au centre, j'ai été submergée d'une émotion si vive, telle que je n'en avais jamais connue au milieu d'une foule, j'avais juste envie de pleurer tellement je trouvais ça beau, mais je ne pouvais tout de même pas me mettre à pleurer comme ça, alors je ravalais mes larmes, et j'avais l'impression d'être dans le Goliath à La Ronde.

L'hostie de grosse manif - 25 avril 2012

La marche s'est poursuivie encore un bon moment dans ce sentiment de joie immense, nous avons tourné sur Cherrier, redescendu par St-Denis puis tourné sur Sherbrooke. C'est si beau la rue Sherbrooke le soir, si beau, les gens étaient gais et calmes, je me sentais bien. Je ne voulais pas que cet instant s'arrête et j'avais eu beau penser que si je mettais les pieds dehors, j'aurais envie de tout casser, jamais je ne l'aurais fait, surtout pas à cet instant si beau où le sentiment de solidarité, le sentiment de nous réunir pour une cause commune qui nous dépasse tous m'apparaissait plus important que le reste, plus important que la violence que mérite pourtant toutes ces choses qui nous font constamment violence, que ce sentiment me semblait si précieux qu'il ne fallait pas le briser. Personne autour ne semblait vouloir rompre ce moment, non plus... Et pourtant, lorsque nous sommes revenus sur Sainte-Catherine, nous avons aperçu au loin de la fumée, nous avons entendu des gens huer, nous avons à peine eu le temps de prendre une rue transversale et de nous éloigner rapidement. Si nous avions attendu à peine deux minutes de plus, nous aurions été nous aussi prises au-milieu des policiers qui encerclaient les manifestants... 

 
 
 
 
Julie Boulanger
16 avril 2012 @ 10:59
Je n'ai pas écrit mon texte sur Sloterdijk hier. Amélie et moi avons passé la journée à l'extérieur de la maison. Après un brunch, moment béni, je me suis fait masser par une amie étudiante en massothérapie. Core m'a proposé de faire jouer du Claude Lamothe pendant le massage. Fuck les sons de vagues et les chants d'oiseaux sur fond de musique classique dénaturée qui me crispent nettement plus qu'une musique exigeante énergique et souvent agressive! La richesse de cette expérience sensorielle me fait regretter amèrement la pauvreté de nos vies asservies à l'industrie culturelle. Pourquoi faudrait-il écouter de la musique de marde en se faisant masser, alors que nous sommes plus ouverts et disposés que jamais dans l'état second vers lequel nous conduit cette prise de conscience parfaite de notre corps? Ça me désespère. C'est comme dans les piscines municipales. Pourquoi ruiner cette expérience si riche par laquelle notre esprit s'aiguise au fil de nos mouvements en nous agressant avec des airs mécaniques et vides? Nous nous contentons de si peu... Qu'on ne se demande pas pourquoi après l'ennui domine partout. La ruse de l'industrie culturelle est de nous faire croire qu'elle seule dispose du pouvoir de mettre un terme à notre ennui alors qu'en vérité elle le cultive savamment.

*****

Je semble encore une fois m'éloigner de Sloterdijk, mais ce n'est pas le cas.

Vendredi, je l'évoquais, nous avons rencontré des camarades pour discuter d'un livre de Peter Sloterdijk, Règles pour le parc humain. J'aurais aimé poursuivre un peu plus notre discussion, je prends toujours trop de temps à me réchauffer avant de réussir à parler dans un tel contexte. Je n'étais pas encore lancée. J'aimerais donc partager de brèves réflexions sur le texte de Sloterdijk qui parle de la fin de l'humanisme.

Le philosophe allemand définit l'humanisme à travers la création d'amitié par le biais de l'écrit. Les écrivains de l'Antiquité auraient selon lui tenu ce pari fabuleux qui consiste à «expédier [des] lettres en direction d'amis non identifiés». Sloterdijk salue la « remarquable réceptivité » des Romains qui furent, comme on le sait, d'importants destinataires des Grecs. Pour éclairer cette relation entre l'écrivain et ses destinataires inconnus, il évoque Nietzsche: « D'un point de vue érotologique, l'amitié hypothétique entre le rédacteur des livres ou des lettres et les récepteurs de ses messages constitue un cas d'amour du plus lointain -- tout à fait dans le sens où l'entendait Nietzsche, lequel savait que l'écrit est le pouvoir de transformer l'amour de l'immédiat et du prochain en un amour pour la vie inconnue, éloignée, à venir ».

Ce passage, qui se situe au début du texte, a suffi à me jeter dans un certain désarroi. Il est difficile de ne pas succomber à la nostalgie en lisant l'essai de Sloterdijk, bien que celui-ci explore l'humanisme dans sa complexité, sans idéalisation, et montre, par exemple, que l'imposition de canons participe à la fois d'un apprivoisement (positif) de l'homme et d'une domestication qui, selon Nietzsche, rend l'homme plus petit. À tout prendre, il est pourtant difficile de ne pas croire que nous n'avons gagné que très peu de liberté en chemin et bien davantage perdu, à commencer par cet amour pour la vie inconnue, éloignée, à venir.

Plus que jamais, asservis entièrement par l'industrie culturelle, nous n'en avons que pour l'immédiat et le prochain. Comble de malheur, l'idéologie pédagogique actuelle veut que l'enseignant travaille à partir de ce qui est familier à ses étudiants. Quoique le principe se défende, le problème est qu'il n'y a qu'un pas entre l'utilisation du familier et le cloisonnement dans celui-ci. Il ne fait pas de doute: nous sommes baisés. L'école devrait nous sortir de ce réflexe dangereux qui nous appauvrit, mais elle ne connaît même plus son devoir. On demande constamment à l'enseignement de défendre la pertinence du lointain. Le familier fait figure de loi. On pourrait croire que les gens se sentiraient embarrassés de ne s'intéresser qu'à ce qui ne les bouscule pas, qu'à ce qu'ils connaissent, mais il n'en est rien. Et puisque, par exemple, à peu près tout le monde se croit passionné aux voyages, les gens sont convaincus de posséder une ouverture et une curiosité incontestables. Ce qui est faux, bien sûr. Nous sommes ignorants et fermés. À tout le moins avions-nous conscience par le passé de ne nous intéresser qu'à notre lopin de terre...

En lisant Sloterdijk, je me surprenais donc à rêver et à pleurer cet amour disparu, peut-être irrévocablement, pour la vie inconnue, éloignée, à venir. Car cet amour n'est pas seulement celui qui est capable de nous faire apprécier les oeuvres du passé, il est celui qui nous incite à aimer l'Autre, il est celui qui nous permet de croire à un monde différent, d'imaginer celui-ci...
 
 
Trame sonore: Electrelane - This Deed | Powered by Last.fm
 
 
Julie Boulanger
14 avril 2012 @ 15:03

Lendemain de veille le plus joyeux dont je me rappelle!

Je dégrise dans l'allégresse! C'est rare. Je me sens euphorique et frétillante. J'ai peine à me concentrer, mais qu'importe. Je m'abandonne à cet état étrange.

Peut-être l'habitude de l'alcool que nous avons développée depuis quelques jours facile-t-elle le passage de l'ivresse au calme? Nous nous promettions de nous enivrer solide après le dépôt de la thèse d'Amélie et nous n'avions pas encore réalisé ce fabuleux projet jusqu'à hier, bien qu'Amélie ait déposé il y a un peu plus de deux semaines. Nous nous sommes toutefois mis à boire un peu à chaque jour. Après des mois à boire seulement une ou deux coupes à l'occasion, nous avons du chemin à rattraper!

Peut-être cet état inattendu est-il aussi la suite logique de la jubilation de la veille qui ne veut pas me quitter? Il m'est arrivé trop peu souvent de me retrouver en groupe pendant les derniers mois, les dernières années, même. J'ai beau être plutôt sauvage, je me sens heureuse et fébrile lorsque je suis entourée de gens avec qui je me sens une certaine communauté de pensée. Simplement, il est rare que ça se produise. Je recompose cette communauté par fragments, une personne à la fois. Mais me retrouver en compagnie de plusieurs gens avec qui je me sens bien et de qui je me sens proche, ça relève de l'exception. Et pourtant, c'était ça hier...

Peut-être, enfin, cette facilité à composer avec la disparition de l'ivresse et la fatigue qui s'ensuit est-elle aussi la conséquence de ce bonheur immense qui m'habite depuis le dépôt de la thèse d'Amélie. Nous sommes si heureuses, si heureuses. Nous revenons enfin peu à peu à cette vie consacrée entièrement à la lecture, à l'écriture et à la pensée, avec en plus la possibilité de partager de beaux moments avec les gens que nous aimons et, en moins, le stress écrasant de la thèse (pour Amélie au premier chef, évidemment, mais aussi pour moi qui partage tout avec elle). Peu à peu notre corps se libère de ce stress hautement toxique.

*****

Je me laisse emporter! En réalité, je voulais parler ici du texte de Sloterdijk qui était le prétexte de notre rencontre hier. Ici comme dans ma vie je me laisse constamment dévier de ma trajectoire. N'est-ce pas là le mouvement de la vie? La destruction seule, peut-être, connaît un mouvement défini et irrévocable? Depuis que j'ai regardé Melancholia, je suis hantée par cette image de la destruction de la Terre. Je ne sais pas si c'était en partie l'effet du cannabis ou la fatigue, mais après le visionnement du film, j'avais passé la nuit à faire des cauchemars de fin du monde. (N'empêche, si une planète devait détruire la Terre, il me plairait que ce soit une planète nommée Melancholia!)

*****

Et en tout apercevoir la fin.
Je ne suis pas certaine que je serais encore capable de tolérer la lecture de Houellebecq, encore moins l'apprécier. Cette phrase ne continuera pas moins de m'habiter.

*****

Je dévie encore. Ç'aura été une fois de trop puisque soudain la fatigue m'emporte et que je risque de m'essouffler trop vite en parlant du livre de Sloterdijk immédiatement. Je pousuivrai donc ce soir ou demain.

 
 
Trame sonore: Wolf Parade - Ghost Pressure | Powered by Last.fm
 
 
Julie Boulanger
13 mars 2012 @ 13:20
Lorsque j'ai commencé à regarder des combats de boxe avec mon amoureuse, une découverte m'a fascinée et dégoûtée: l'organisation ridicule de combats entre un jeune poulain, promis à un grand avenir, et ce qu'on nomme un jambon, c'est-à-dire un belligérant engagé parce qu'on sait qu'il perdra. J'étais troublée d'abord parce que je me disais que c'était trop facile, étant une adepte du À vaincre sans péril on triomphe sans gloire, mais aussi parce que je me demandais à quel moment on devient un perdant. J'imagine qu'à un certain moment on constate que, à défaut d'avoir les capacités de devenir riche en remportant de grands combats, on pourrait gagner quelques sous en perdant. Mais peut-être bien qu'il y a des moments où lesdits jambons pourraient gagner contre de jeunes ambitieux, mais qu'ils savent que s'ils gagnent, ils perdront ainsi leur gagne-pain et que cette victoire serait donc dérisoire. Je rêve pourtant d'un monde où les jambons se mettraient à remporter les combats, jusqu'à renverser le cours des choses, juste pour croire un instant que tout n'est pas toujours joué d'avance.

*****

Ce qui est terrible avec ce système d'organisation des combats, c'est aussi que le nombre de défaites l'emporte par-dessus tout. On ne considère pas la difficulté de l'ensemble des combats en soi, je le disais, mais on ne considère pas non plus qu'il est beaucoup plus difficile de gagner après une défaite, qu'il est beaucoup plus difficile d'alterner les victoires et les défaites. 

Je ne veux pas faire l'apologie des défaites, ni vilipender les victoires. N'empêche, il faut reconnaître qu'il y a des gens qui ont tout facile, ne serait-ce qu'en raison de leurs origines, de leur genre, de leur conformité naturelle ou recherchée aux attentes d'une société. Et que moi qui ai surmonté tant de défaites, je suis, objectivement, beaucoup plus forte qu'un nombre impressionnant d'entre eux. Je connais si peu de gens qui persévéreraient malgré tout.

Moi-même j'en viens depuis quelques temps à me demander: à quoi bon? C'est peut-être juste de l'obstination, aussi. Qui sait?

Ce désespoir me passera. Je vais finir par continuer de me faire croire qu'il suffit de travailler très fort et d'être passionnée pour que ça marche. Je vais profiter des prochains mois et je verrai ensuite. Je redeviendrai ensuite cette doute plus féroce que le plus féroce des attendeurs d'autobus...
 
 
 
 
Julie Boulanger
01 février 2012 @ 12:50
Parfois, j'entre dans cette zone obscure.

J'y aboutis souvent par temps gris, lors de moments de fatigue, à la suite d'un stress intense ou lorsqu'un événement plus ou moins insignifiants (ou non) me plonge dans une tristesse plus ou moins incontrôlable. Ce n'est rien de sorcier, rien de vraiment mystique (ou peut-être, après tout), c'est simplement , présent mais insaisissable. Ce n'est pas juste un état d'esprit, ça me rentre dedans, physiquement s'entend, je le sens dans mon ventre, à travers un certain engourdissement de mes sens, une force centripète, une sorte d'implosion, lente mais assurée.

Ça passera, comme le reste, je le sais, et pourtant, je ne peux jamais m'arracher à cette impression de pérennité. Pour être toujours consciente de la fugacité de chaque impression, douloureuse ou joyeuse, je ne peux jamais faire autrement que d'être emportée par la certitude viscérale que cette impression sera éternelle. Je vis dans un oubli perpétuel de l'instant précédent, pour le meilleur et pour le pire, ce qui ne me rend pas insensible pour autant à la douleur de la répétition, et me permet sans doute tout simplement de vivre malgré cette violence du moindre sentiment vécu.

Il faudra bien un jour que j'explore cette zone plus profondément, pendant des semaines, sans répit. Ce n'est pas comme si je craignais la lourdeur, anyway.

Un jour, j'ai entendu un gars dire qu'il détestait la lourdeur dans l'écriture féminine. Câlisse de cave. J'y repense souvent, très souvent, et ça me met en crisse. Pas parce que je le prends personnel. (Si les gens savaient à quel point je ne suis affectée que par ma propre opinion et l'opinion de quelques gens que je respecte au plus haut point, ils se scandaliseraient de ma suffisance. Oh well. C'est plate, hein?) Juste parce que je trouve ça cave et que ça me déçoit de la part d'une personne que je considère autrement intelligente. (Enfin, ce n'est pas comme si j'en étais à une déception près. Heureusement que les rares surprises me réconfortent pendant des jours...) Et puis ça me fait penser à un truc qu'a écrit un jour un de nos plus ridicules drettistes dans une de ses chroniques de marde où il célébrait les vertus féminines, à savoir la grâce et la légèreté. Je vais te découper les couilles avec un couteau mal affûté et te les faire bouffer crues. Tu viendras me reparler ensuite de la grâce et de la légèreté féminines.

La lourdeur dans l'écriture féminine, c'est terrible, évidemment, comme à peu près tout, au fond, de ce qui vient d'une femme, qui n'est pas douceur, sensibilité, élégance, légèreté. Tout est tellement cool quand c'est un homme qui l'écrit et tellement ridicule quand ça vient d'une femme, on le sait bien. Les boys se trouvent tellement hot entre eux, avec ce sentiment de dominer le monde. Eh bien, c'est ça, moi que je trouve ridicule. Boys will be boys, dit-on. Eh bien, girls won't be girls.

Je vais me cacher là où tu ne m'attends pas et t'égorger dans un coin sombre.

Beau projet esthétique, non?
 
 
Trame sonore: Klaus Nomi - The Cold Song | Powered by Last.fm
 
 
Julie Boulanger
29 janvier 2012 @ 12:48

Que celui qui croit se sentir dans un milieu parfaitement équilibré et sain d'esprit lorsqu'il se retrouve en famille lève la main afin que je le félicite de sa capacité à refouler!

Peut-on passer du temps en famille, même dans les familles les plus aimantes, sans avoir l'impression d'être un peu à l'asile? On ne peut pas se connaître aussi profondément sans que la moindre chose nous irrite et la moindre discussion risque de déraper. C'est ce qui est intéressant, d'ailleurs, dans la famille, de se retrouver dans le milieu qui est à la fois le plus réconfortant et le plus irritant. En famille, on risque tous de se transformer en une sorte de monstre qui ressemble aux narrateurs de Thomas Bernhard. 

Pendant les fêtes, j'ai bien sûr passé beaucoup de temps dans ma famille, famille que j'adore tout autant qu'elle m'irrite. J'exagère, je l'aime beaucoup plus qu'elle ne m'irrite, mais elle m'irrite, et la seule façon de vivre un tant soit peu sainement est d'ailleurs de savoir reconnaître cette irritation. Si ça fait de nous un monstre, eh bien, soit, je le serai. 

L'une des choses qui m'irritent le plus lorsque je me retrouve avec mes parents est leur respect de la marchandise. Ça ne leur appartient pas, c'est typique de la classe moyenne, de cette classe moyenne qui trimait dur pour joindre les deux bouts et qui en a conservé une obsession des économies (obsession qui leur a été indispensable pour survivre) et ce respect profond pour la marchandise, à laquelle il fallait faire attention puisqu'on ne pourrait la remplacer.

Une des journées où nous étions à la maison de mes parents, ça n'en finissait plus de parler de toutes les économies qu'ils avaient réalisées. Ce n'était rien de nouveau, mais c'était pire que jamais. Peut-être mes parents essayaient-ils par là de me suggérer des façons d'économiser puisque nous sommes dans une situation assez précaire depuis cet automne. Je ne sais trop. Mais j'étais sur le point de péter les plombs. Je ne vais pas faire 10 kilomètres pour économiser une piastre, merde!

De cette difficulté à joindre les deux bouts de mes parents et de cette obligation qu'ils avaient de calculer la moindre dépense, j'en suis venue à un refus assez dément de calculer mes dépenses, autant que faire se peut. Je vis comme si je n'avais pas de contrainte aussi longtemps que possible, puis je compose avec la réalité lorsque nous sommes dans le trouble. Je ne fais pas dans la simplicité volontaire, mais je n'ai pas non plus des goûts très dispendieux, en général. N'empêche, cette attitude qu'on peut qualifier non seulement de névrosée mais d'irresponsable m'a évidemment plus souvent desservie qu'autrement. Il faudra bien que je revienne à la réalité un jour, j'imagine... D'autant plus que depuis un moment nous n'avons à peu près plus de ces moments où on dépense sans compter et à peu près juste des moments où on doit calculer la moindre dépense... Peut-être qu'avec un calcul plus global, nous nous en sortirions mieux... Mais à quel prix! Enfin, je n'aurai pas le choix, un jour, bientôt...

De ce respect de la marchandise, j'en suis venue à un mépris assez complet pour celle-ci. Lorsque nous nous sommes achetées une voiture l'automne dernier, nous ressentions un profond malaise Amélie et moi, de nous retrouver avec cette marchandise qui vaut trop cher. Nous refusions de ressentir cette fierté absurde pour notre acquisition. Nous nous sommes donc mises à faire des blagues à propos du fait que nous n'allions tout de même pas aller fracasser notre véhicule à coup de bat de baseball pour clamer notre indifférence par rapport à la marchandise. N'empêche, l'image nous semblait très belle.

J'ai d'ailleurs envie de remettre pour l'occasion un des extraits de Der Siebente Kontinent de Michael Haneke que j'avais partagés cet été.



Ce qui est étrange dans ce rapport à la marchandise de mes parents, c'est qu'ils m'ont à maints égards enseigné le contraire. Je me rappelle que lorsque nous étions petits, mon frère et moi, mes parents avaient l'habitude de nous répéter qu'ils trouvaient important de nous laisser courir dans la maison et de ne pas redouter que nous salissions les meubles, avec un verre de jus par exemple. Nous pouvions donc exposer la marchandise aux pires périls, ça ne les dérangeait pas, répétaient-ils. Certes, ils n'étaient pas aussi détachés qu'ils le disaient, je crois que nous le sentions, mais ils essayaient, en tous cas, de l'être.

Cependant, plus tard, lorsque nous sommes devenus adultes et qu'ils ont eu les moyens de s'acheter des objets plus chers, ils sont devenus obsédés par l'idée de les endommager, ils se sont mis à vivre dans la terreur constante que leurs biens, acquis si difficilement, soient abîmés.

Il arrive que nos parents tentent de nous enseigner une chose mais que par tout ce qu'ils ne nous disent pas mais nous font ressentir malgré eux on apprenne exactement le contraire. Dans ce cas, j'ai appris exactement la leçon qu'ils avaient voulu me transmettre et suis restée absolument insensible au reste. 

Tant mieux!
 
 
Trame sonore: The Horrorist - Pain and Pleasure | Powered by Last.fm
 
 
Julie Boulanger
28 janvier 2012 @ 15:05

L'une des façons les plus efficaces -- et les plus belles aussi -- de se détourner de son découragement est d'aller dans un endroit où des personnes stimulantes et chéries partageront leurs réflexions. L'une des façons les plus efficaces -- mais si douces -- de renouer non plus seulement avec son découragement momentané mais aussi avec son éternelle mélancolie est de boire un tant soit peu. Je n'ai pas besoin de boire beaucoup, deux pintes suffisent et même une seule. Ça ne m'embête pas. C'est ainsi. Tous les chemins me mènent à la mélancolie. Je me priverai pas de beaux moments partagés et d'ivresse légère pour tenter d'éviter l'inévitable. J'essaie seulement de mettre un peu de distance avec cet état pour ne pas me laisser entraîner par le courant. 

La vérité est que je suis dans un drôle d'état, mélange d'une joie vive et d'une mélancolie peuplée de revenants. 

Je me sens choyée. Je ne vois pas aussi souvent mes amis que je le souhaiterais, je tarde aussi à approfondir plusieurs amitiés naissantes, des amitiés qui naissent parfois depuis des mois ou des années, mais je suis entourée de gens inspirants. Je bénis cette chance en laquelle j'ai peine à croire. Et comble de surprise, il m'arrive même de rencontrer de nouvelles personnes inspirantes. 

En me réveillant ce matin, cette joie d'être entourée de gens inspirants m'a toutefois ramenée à un constat amer. J'y ai souvent pensé, mais ce matin je n'arrivais plus à penser à autre chose. Il me semble que les plus mauvais choix que j'ai faits ont toujours été provoqués par mon isolement, un isolement contre lequel j'étais impuissante ou que je provoquais plus ou moins malgré moi. J'ai pris parfois de bien mauvaises décisions. C'est un fait. 

Rien de nouveau dans tout ça. Ce qui m'attriste vraiment, en fait, est de m'être mis à penser en me réveillant à ce qui m'était toujours paru comme un choix qui s'était imposé de lui-même et qui, à trois ans de distance, ne m'apparaît plus comme la seule décision qui était souhaitable, à savoir, le destin de notre embryon. Nous nous étions toujours réconfortées, Amélie et moi, en nous disant que c'était le seul choix possible, mais je sais maintenant que c'est faux. C'était plus facile de penser qu'il n'y avait pas d'autre choix possible, mais il y en avait... Oh ça ne me frappait pas pour la première fois ce matin. La première fois que j'y ai pensé, en réalité, c'est il y a quelques mois quand cette amie si chère (que nous connaissions peu à l'époque) nous a demandé tout bonnement: «Mais ne pouviez-vous vraiment pas le garder?» Nous lui avons répondu que non, que c'était impensable et lui avons déballé toutes les raisons, très bonnes, évidemment, pour lesquelles ce l'était... Personne, parmi les rares amis auxquels nous en avions parlé, ne nous avait demandé s'il était même envisageable de le garder. Ce qui est normal. Nous étions si convaincues... À un peu plus de trois ans de distance, je constate avec une certaine amertume que nous ne sommes guère plus avancées que nous ne l'étions et que si nous voulons un bébé, eh bien, nous l'aurons forcément à un moment tout aussi inadéquat, sinon davantage... Nous ne pouvions pas prédire que le chemin serait si dur... Si nous l'avions su, peut-être aurions-nous sauté sur l'occasion. Nous aurions aujourd'hui un enfant de deux ans et demi (j'ai calculé ce matin, il serait né en juillet 2009), un enfant qui aurait probablement les yeux bleus ou sinon dark brown. Nous avons espéré qu'un meilleur moment viendrait. Nous nous sommes trompées. Eh. 

 
 
Trame sonore: PJ Harvey - Joy
 
 
Julie Boulanger
26 janvier 2012 @ 15:13
Je me disais hier que demain serait un autre jour. Ce ne l'est pas. Demain, peut-être.

*****

Apparemment, je ne suis pas encore sortie de l'auberge. Je me suis laissée aveugler par mon enthousiasme. Oh well...

*****

Il suffirait sans doute que je mette les pieds à l'extérieur pour que ça aille un peu mieux. Je ne le ferai pourtant pas. Pas aujourd'hui. Voilà une des raisons pour lesquelles je voudrais avoir un chien. Ce ne serait pas un choix. 

*****

Il suffit d'un petit geste pour que je perde tout espoir envers l'humanité. Il suffit aussi d'un petit geste pour que je regagne le plus fol espoir envers celle-ci. Heureusement.

*****

Je ne suis pas du monde.

*****

Il y a bien longtemps que je m'étais sentie ainsi: désespérée. Il faut dire qu'il n'y a rien comme un espoir qui perdure pendant des mois pour faire sentir plus durement le retour du désespoir. Ça passera. Comme tout le reste. 

*****

Et puis à force de creuser les abîmes ça finit par faire sourire. C'est déjà ça de pris. Ça me rappelle quand je lisais Cioran au début de la vingtaine, en riant. Il y avait quelque chose qui me réconfortait déjà dans cet excès de pessimisme. Quand on va au bout des choses on finit par en rire. Et après on passe à autre chose.