Je suis obsédée par cette phrase prononcée dans Shame par Sissy, la soeur du personnage principal, qui est bien plus que l'érotomane auquel l'a réduit la réception, davantage une sorte de Patrick Bateman mélancolique et de protagoniste de tragédie. Le film se construit d'ailleurs comme une tragédie et s'éloigne en ce sens au caractère moralisateur qu'on a pu lui prêter.
Cette phrase n'est jamais expliquée dans le film et c'est sans doute pourquoi elle s'en détache et me hante sans que jamais je ne puisse même comprendre précisément ce qu'elle signifie pour moi.
Il est faux de dire que je viens d'une bad place. Je viens d'une famille aimante, d'une banlieue tranquille. Et pourtant, j'ai cette conviction qu'I just come from a bad place. Ce n'est peut-être pas à titre personnel, peut-être dois-je vraiment retenir le we du we just come from a bad place. Après tout, nos origines, qui que nous soyons, où que nous soyons, sont toutes violentes.
Peut-être aussi que je pense à une communauté précise originaire d'un tel lieu, de cette communauté à laquelle je me rattache le plus, celle qui connaît l'existence du black lodge...
Oui, s'il y a une communauté à laquelle je crois appartenir, c'est une communauté d'êtres obscurs: mélancoliques, pessimistes ou violents, ou tout ça à la fois. Je ne peux pas me le cacher, les êtres dont je me sens le plus près ou que j'aime le plus sont habités par cette force obscure, qui effraie ou éloigne la plupart des gens, à moins qu'elle soit bien dissimulée. Et pourtant, j'ai parfois l'impression d'être trop joyeuse pour les plus mélancoliques, trop optimistes pour les plus pessimistes et trop tendres pour les plus violents, et j'ai peur que ces gens que j'aime le plus, ces gens qui sont trop obscurs pour la majorité, mais juste assez pour moi, me méprisent au fond parce qu'ils méprennent cette douceur toute relative, cette joie toute relative et cet optimisme tout relatif pour de la faiblesse... Qu'importe, ce sont eux que j'aime par-dessus tout et si jamais ils pensaient ainsi, je sais qu'ils ont tort...
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Aujourd'hui, nous avons décidé de rester toute la journée à la maison. L'envie de partir à Victoriaville nous tenaillait. Mais avec cette entrevue que je dois passer lundi, il vaut mieux, sans doute, que nous restions à la maison. Ironie du sort, je suis rivée à mon écran. Je suis de façon obsessionnelle ce qui se passe sur Twitter et ce qu'on rapporte dans les sites de nouvelles.
Je ne peux pas me cacher que je ne saurais trop où me placer si j'y étais. Il y a une tension insoluble entre mes convictions radicales et mes réserves éthiques fondamentales sur leur mise en action. Je suis confinée à l'immobilisme.
Mardi, nous sommes allés Amélie, Louito et moi à la manif anticapitaliste. Après à peine un peu plus d'une demi-heure de marche, les premières altercations entre la police et les manifestants ont commencé. Rien d'étonnant, non seulement compte tenu du climat actuel mais en considérant toutes les personnes qui sont tombées sous les balles du SPVM dans la dernière année. J'aurais voulu rester plus longtemps, j'espérais d'une certaine façon que les choses se calment, mais c'était un instant de naïveté impardonnable de ma part. Pourquoi, du reste, les choses auraient-elles dû se calmer? Louito m'a dit qu'arrivé à un tel stade, il faut soit être prêt à affronter les policiers ou qu'autrement il est préférable de partir. Nous sommes donc partis. J'ai beau hurler contre la violence policière, invectiver les paci-flics en cercle fermé, je n'ai juste pas ce qu'il faut pour m'opposer en acte à la répression...