En pure perte

  • May. 14th, 2008 at 9:46 PM
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Il y a certainement quelqu'un

Il y a certainement quelqu'un
Qui m'a tuée
Puis s'en est allé
Sur la pointe des pieds
Sans rompre sa danse parfaite

A oublié de me coucher
M'a laissée debout
Toute liée
Sur le chemin
Le cœur dans son coffret ancien
Les prunelles pareilles
À leur plus pure image d'eau

A oublié d'effacer la beauté du monde
Autour de moi
A oublié de fermer mes yeux avides
Et permis leur passion perdue

Anne Hébert, Le Tombeau des rois


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Le bonheur d'accueillir

  • May. 14th, 2008 at 7:34 AM
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Sans raison apparente, je me sens particulièrement euphorique ce matin. Nous avons hébergé hier ma belle-mère et l'hébergerons à nouveau demain. Entre temps, elle profitera de la seule nuit d'hôtel qu'on lui a gracieusement offert pour un colloque de deux jours, ô générosité! Bien que je sois toujours trop stressée avant de recevoir à la maison nos familles, la chose m'a rendue très heureuse.

Pouvoir enfin accueillir quelqu'un chez nous me ravit. Je l'ai déjà dit, c'est une des raisons pour lesquelles nous voulions déménager dans un appartement plus grand. Il n'en était pas ainsi dans notre ancien appartement. Pendant les premières années, nous avions bien permis à quelques jeunes gens téméraires de dormir chez nous quoique notre appart ne s'y prêtait guère, mais dans les derniers mois - et même plus que ça - ce n'était vraiment plus possible. Comme je l'ai déjà raconté, notre appart était rendu si inhabitable, avec les murs de salle de bain pourris, puis les punaises contre lesquels nous menions un combat de tout instant (mais bon, ça, ça n'arrive pas seulement dans des apparts dégueulasses comme l'était le nôtre), que nous n'osions plus inviter personne, que ce soit des amis, de la famille ou d'«autres sortes de relations ». Et puis, nous n'avions pas de table de cuisine... Maintenant, nous avons une grande table de cuisine et je songe même à faire éventuellement l'acquisition de deux chaises supplémentaires pour pouvoir être huit à table, ce qui est tout à fait possible en considérant la taille de notre table.

Ce qui m'enthousiasme encore plus, c'est d'acheter un beau futon chez Futon d'or. Cette dépense est un peu inconsidérée puisqu'il y a quantité de choses que nous n'avons pas encore fini de payer - loin s'en faut -, mais cet achat est prioritaire à mes yeux. Et puis, tant qu'à acheter un futon, autant qu'il soit beau et confortable! Après tout, nous voulons que nos invités puissent bien dormir quoique nous ne disposions pas - hélas - de chambre d'invités et que ce futon sera confiné dans le bureau... C'est un grand bonheur, vraiment. de recevoir chez soi.

*****

Après avoir pris connaissance de la merveilleuse chaleur annoncée pour aujourd'hui, j'ai décidé de revêtir ma robe à pois pour accueillir l'été. Après le boulot, je crois que je ne résisterai pas à la terrasse de la Brûlerie et à un de ces fameux Moka Mont-Blanc. Café et crème glacée... Extase! Sans doute après irons-nous voir My Blueberry Nights de Wong Kar Wai. Il y a trop longtemps que je suis allée au cinéma pour voir un bon film. Les rares fois où je suis allée dans les derniers mois (deux ou trois fois à peine), c'était simplement parce que j'avais besoin de me retrouver au cinéma. Mais tous les bons films qui sont sortis pendant tout ce temps - et il y en a eu quantité! -, je les ai manqués. No Country For Old Men? Manqué! There Will Be Blood? Manqué! Paranoid Park? Manqué! Et j'en oublie sûrement.

Quelques ruses

  • May. 12th, 2008 at 9:28 PM
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Il n'y a pas plus culotté et habile que le milieu corporatif. Il exige ta fidélité et ta dévotion comme si vous partagiez un lien réel, humain, et, ce faisant, te prend tout, mais ne te procure rien en retour, vraiment rien, sinon un salaire - toujours dérisoire, au demeurant. Et le pire, c'est que dans la plupart des cas, il réussit. Non, il n'y a plus habile ni plus monstrueux.

Évidemment, à chaque fois - et ça m'est arrivé souvent - qu'on loue mon travail, je suis quand même heureuse qu'on salue mes efforts, mais en même temps, j'ai l'impression qu'on me rit au nez. Que j'aie toutes ces qualités que vous me prêtez, je veux bien, mais qu'est-ce que ça m'apporte de concret à moi? Pas grand chose. Pas même un meilleur salaire. Je ne suis pas dupe. Je sais très bien que même si j'avais été une employée moyenne, j'aurais eu droit aux mêmes augmentations - rares et peu élevées. Mais que voulez-vous, je suis ridiculement perfectionniste dans tous les domaines. Je suis simplement incapable de bâcler quoi que ce soit.

Alors mon travail, je le fais à la perfection, mais il ne faudrait quand même pas ambitionner et me demander de faire autre chose. Ça m'a valu aujourd'hui de me mettre à dos ma nouvelle patronne. Si c'est le cas, c'est dommage, mais c'est bien tant pis pour elle. Il faut maintenir une certaine décence dans la vie.

Il me semble que si tu demandes à quelqu'un - à qui tu viens, par ailleurs, de prouver qu'on ne voue pas une si grande considération qu'on ne le prétend - une question telle « Est-ce que ça te dérangerait de faire tel truc? », il y a quand même de bonnes chances que cette personne te réponde: « Oui, ça me dérange. Mais ce n'est pas comme si j'avais exactement le choix, alors je le ferai quand même. » Évidemment, mis à part l'hypocrisie du procédé - comme si c'était une véritable question - ce qui est insultant c'est qu'on réagisse comme si je faisais des caprices. J'ai donc fini par lâcher: « Tu sais, si on était aussi prompt à souligner notre travail qu'à nous ajouter des tâches, je serais ravie de le faire! » On m'a répondu, dans un pur esprit corporatif, qui feint l'humanité pour mieux te soutirer quelque chose: « Ce n'est pas une tâche qui est ajoutée, c'est un service qu'on demande. » Difficile, dans une telle situation, de ne pas répondre: « Je ne vois vraiment pas quel service je dois à l'entreprise. Des services, ça se mérite. » Alors dans une manoeuvre encore plus pernicieuse et typique corporative, elle m'a dit: « Mais c'est à moi que je te demande de rendre service. » Le pire, c'est qu'elle le pense probablement. J'espère que non pour elle. Ça s'est donc terminé à peu près de la même façon que ça avait commencé: « Je le ferai mais parce que je n'ai pas le choix, pas parce que ça m'enchante. »

Alors maintenant, ma patronne a une dent contre moi et j'ai peut-être des collègues qui ont réussi à gober sa subtile tentative de me faire passer pour une prima donna, comme si j'étais quoi que ce soit d'autre qu'une fille qui, pour des raisons qui échappent à presque tout le monde mais que je trouve malgré tout justifiées, avait accepté de vendre ses services à rabais pendant beaucoup plus longtemps que les autres. Ouais, c'est ça! Je suis la diva du cheap labor! Quelle gloire! Heureusement que je m'amuse. En plus, je faisais aujourd'hui une des choses que j'aime le plus à mon boulot: former un nouveau collègue, assez chou, de surcroît. Ma journée aurait donc été assez parfaite si ce n'eût été de cet incident. On ne peut pas tout avoir, il paraît...

Tree hugger

  • May. 12th, 2008 at 7:06 AM
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Jamais n'ai-je avant ce printemps observé avec tant d'intérêt l'éclosion de bourgeons. Pourtant, lorsque j'habitais avec Dany, il y avait aussi un arbre devant la fenêtre du salon, arbre que j'aimais tendrement et dont j'avais pleuré amèrement l'abattage. Je me sentais cependant moins liée à la destinée de cet arbre qu'à celle de l'arbre devant notre maison, dont les branches recouvrent notre appartement presque entier. Sans doute parce que j'étais moins liée à cet appartement - que je n'avais jamais réussi à considérer mien - qu'à l'appartement qu'Amélie et moi habitons où j'ai enfin trouvé un home, pour la première fois en plus de dix ans.

Notre arbre a mis beaucoup plus de temps que les autres à déployer ses feuilles. Il faut dire qu'il est au nord, enfin au nord-est, je crois, si on prend en considération la position singulière de la ville. Il est donc normal qu'il ait été beaucoup plus lent que son voisin au sud, enfin, au sud-ouest. En à peine une semaine, ses bourgeons ont finalement presque complètement éclos. Ça me rend heureuse, moi qui me sens aussi au nord. Bientôt, ce sera mon tour. On trouve de l'espoir où on peut.

Voilà pour le romantisme du lundi matin. Ça me permet presque d'oublier momentanément que je me passerais bien des journées à venir. Ça me permet aussi d'oublier à quel point ces journées me vident. Elles ne sont même pas commencées que déjà je me sens vide et morte. Le bonheur. En ce moment, je n'ai rien à dire, en réalité, mais j'écris quand même parce que c'est la seule façon que j'ai trouvée pour me sentir moins vide et morte. Bien sûr, je pourrais aussi me mettre à penser aux prochaines années qui m'attendent, mais j'essaie de ne pas le faire. Ce serait assez catastrophique. Honnêtement, je ne vois pas comment je vais y arriver. Une chose est certaine, je ne peux pas rester au sein du milieu corporatif... Alors où?

*****

Et maintenant, je saigne du nez, ce qui est toujours chez moi un signe de bonheur et de détente. Tout est parfait.

Aveux

  • May. 11th, 2008 at 1:06 PM
Alumettes, Prince, Dexter, Jeffrey & Frank, Sourire de Bree, Insomnie, Buttercup au combat, Eternal Sunshine, Gravité, Tension, Lipstick, Cheveux rouges, Fantôme, Hiro sabre, Clé rose, Sévérité, Avions de guerre, Coquetteries, Marche désert hivernal, Romain miroir, Trouble, Catwoman songeuse, Clementine café, Euphorie Hiro, Framboises, Pensive vintage, Bonhomme vert, Branche ciel blanc, Scooter, Échine, Arbre blanc fond rouge, Banc rouge enneigé, Alice, Ourson étoile, Wink, Dirty, Greta ombre, Victor squashed under a train, Fantôme mauve, Me and a gun, Chat coeur, Canard TNBC, Araignée, Robe b&w sur fond rouge, Ichigo, Chanteuse, Fleurs noires sur blanc, Enfant monstre, Vincent lit, Alice & Gun, Veuve, Chick Silent Hill, Enid, Femme et chat, Chambre vide, Complot, Kiwis, Paternité, Écouteurs, Jeanne chapeau, Hug étoile, Sourire soleil, Auto tempête, Putréfaction, Croque-oiseau, Lumières, Neige Balade, Coccinelle, Noyée, Isabelle et Théo, Lampadaire rose, Homme triste, Teddy et Jo, Buttercup ennuyée, Biscuits Noël, Feuilles, Allegra & Ted, Bleu lulus, Regard oblique, Cyborg doigt, Buttercup ébhétée, Sillons, Métro, Chat noir sur fond rose, Gris, Fille musique, Bree with gun, Lapins jaunes, Cthulhu, Croquer monstre, Jules&Catherine&Jim, Buttercup kick des culs, Damn good coffee, Chapeau b&w, Allegra, Jaune, Connivence, Chirurgie, Monstre et corail, Celestine, Michelle - 24, Fenêtre, Corps rompu, Clôture jaune, Maison, Ombre lignes, Rothko - Orange and yellow, Jeanne cigarette, Silence, Rien, Pelle, Tête reposée
Je suis, je le déclare enfin officiellement, dans ma période rose. Reste à savoir ce que ça signifie.

*****

Saviez-vous que la mère de Marcel Proust le surnommait, comme la grand-mère du narrateur dans La Recherche, sa petite souris? Ma mère aussi me surnommait sa petite souris lorsque j'étais enfant... À vous d'établir les autres liens. Je blague! Quoique...

Lorsque je pense à mon enfance, j'ai l'impression d'avoir si peu de souvenirs. C'est que je cherche mal. J'essaie de me rappeler de grands événements, alors que dans les faits, les détails du quotidien sont tout autant sinon beaucoup plus significatifs encore. Pendant de nombreuses années, à chaque jour de la semaine, ma mère venait me réveiller de la même façon, en chantant une sorte de comptine qu'elle avait inventée: « Hi! Hi! Hi! la petite souris, elle-va tu se réveiller? » Je ne me rappelle pas qu'on m'ait chanté de berceuses au coucher, enfin, je n'en ai aucun souvenir, mais elle avait développé ce rituel qui faisait de mes réveils parmi les plus doux et les plus beaux du monde. Pas un matin où elle aurait, pressée, omis de rituel. Ce n'était pas particulièrement long, mais plus long que de dire: « Julie, lève-toi! » Ça ne l'empêchait pas de prendre le temps, comme elle a toujours pris le temps pour nous.

Tant qu'à aller dans les détails du quotidien de mon enfance, allons-y d'un autre. Il s'agit presque d'un aveu, en réalité. Pendant de longues années, jusqu'au début de mon adolescence et même un peu après, plus longtemps, bref, - enfin, je crois - que la majorité des jeunes filles, je laissais à ma mère le soin, à chaque matin, de me brosser les cheveux et de me les coiffer. J'aurais pu revendiquer mon indépendance bien avant et affirmer que j'étais parfaitement capable d'y arriver par moi-même, mais j'avais déjà décidé qu'il valait mieux profiter de la douceur du contact d'autrui que de me targuer d'être indépendante. Peut-être bien aussi que ma mère me faisait sentir que je n'arriverais pas à me coiffer seule, comme elle l'a fait si souvent à propos des tâches ménagères, mais je ne crois pas. Il me semble que c'était vraiment ma décision. Quoi qu'il en soit, c'était un moment très doux et tendre. Il y a peu de choses que j'aimais davantage dans ma journée que ce moment où elle parcourait mes cheveux.

Évidemment, tout ça me ramène à cette affirmation que j'ai maintes fois répétée à l'oral et à l'écrit, selon laquelle me faire jouer dans les cheveux est presque meilleur qu'un orgasme. (Presque est ici très important, notez-le!) Cette affirmation, d'ailleurs, je l'assume toujours. Se faire jouer dans les cheveux constitue vraiment une des choses les plus extraordinaires en ce monde. Ça justifie presque d'exister... Pour qui me joue dans les cheveux, je suis prête à peu près à n'importe quoi. Tenez-vous le pour dit! Si un jour vous voulez me soutirer un secret d'État, il n'est pas nécessaire de déployer un grand arsenal; il suffit de me jouer dans les cheveux! Enfin, avec cet aveu à propos de l'importance qu'a eu dans ma vie le brossage de mes cheveux par ma mère, avec le rappel de ma célèbre affirmation et avec tout ce que tout le monde sait à propos de mon orientation sexuelle, on peut déployer une belle analyse toute en subtilités! « Ah, c'est pour ça! »

Et j'aime beaucoup ma mère. Je ne suis pas avec elle aujourd'hui parce que je dois travailler. Mais je n'avance guère. Alors c'est très idiot de me priver de la sorte. Une fois de plus... Avant que ça ne devienne définitivement ma spécialité, je vais donc finir.

*****

À défaut d'être avec ma mère, je m'enveloppe de belles voix féminines comme celles de Marissa Nadler, My Brightest Diamond, Cat Power et Feist - que j'ai fini par aimer, assez intensément en plus, malgré mes réticences initiales.

Poison et sucreries

  • May. 10th, 2008 at 11:57 AM
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Il y a des gens qui réussissent cet exploit extraordinaire de faire d'un moment a priori pénible un moment de félicité incroyable.

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Hier soir, je me suis empoisonnée. Au propre, pas au figuré. Pas comme dans « l'amour est un poison violent». Non, juste stupidement empoisonnée. Quelle tristesse de terminer sur une note aussi sinistre un bon repas. Damn you, ragoût du dimanche de Josée Di Stasio! Peut-être devient-il toxique les autres jours de la semaine? Qui sait? Ou damn you pièce de viande empoisonnée. Ou damn us qui nous sommes empoisonnées nous-même... Enfin, c'est sinistre! Avec un bon vin en plus... Il y avait des semaines que nous n'avions pas bu de vin avec notre repas. Les temps étaient durs. Là, ils ne le sont plus, mais c'est temporaire, très temporaire. Profitons-en quand même un peu.

*****

Je bois si peu ces temps-ci qu'à peine une coupe de vin avait réussi à provoquer une euphorie notable. Ça m'a permis de me rappeler que l'ivresse du vin est la meilleure qui soit. (Bon, après celle de l'absinthe, mais là on entre dans une autre catégorie!) La bière c'est bon mais si lourd. Ça ne permet pas les mêmes envolées que le vin. Quel malheur que d'habiter dans un pays où le bon vin coûte si cher... Il faudrait étudier un jour les méfaits de l'accès restreint au bon vin. Je suis persuadée qu'ils doivent être innombrables!

*****

Je suis seule avec les chats cette fin de semaine. Cette fin de semaine c'est vite dit puisqu'Amélie est partie ce matin et qu'elle revient demain. Ça signifie quand même une nuit à dormir seule. Voilà une chose embêtante. Le moindre changement trouble mon sommeil et je sais qu'il me sera difficile de m'endormir ce soir en l'absence d'Amélie. Peut-être pourrais-je régler ça en ne dormant pas du tout? C'est ce que je devrais faire, de toute manière. Après tout, c'est parce que je devais travailler que je n'accompagne pas Amélie chez sa mère à Sherbrooke. Quand même dommage. J'aime bien Sherbrooke! Et je m'ennuie du Chat noir, la charmante petite librairie à Lennoxville. Dans quelques semaines, sans doute, y retournerons-nous. D'ici là, j'ai un mémoire à terminer et un appart à peinturer. Ce qui n'est pas peu de choses... J'ai si hâte que notre appart soit recouvert de nos couleurs, pas de ces couleurs qui respirent le bon goût et l'ennui... Je veux des couleurs énergiques! En fait, nous reprendrons certaines couleurs mais dans leur version lumineuse. Ce sera la première fois de ma vie que je paierai pour repeindre un appart. Il n'y a pas à dire, je m'embourgeoise.

*****

Avant de dormir, nous avons regardé hier le premier épisode d'une des séries télévisées les plus adorables du monde, Pushing Daisies. Je ne m'attendais pas à regarder une feel good série, mais ce n'était pas pour me déplaire. Je crois que les feel good productions sont l'exact contraire de l'art, mais c'est un de mes plaisirs coupables. Et puis, ça donne un peu d'oxygène aux idées sombres qui peuvent être assez suffocantes. Tout ça, bien sûr, ce ne sont que justifications. Je l'ai dit: c'est un plaisir coupable.

Pushing Daisies, dont l'esthétique fait beaucoup penser aux films de Tim Burton et aussi au délicieux Millions de Danny Boyle, parle de Ned, un homme doté de la capacité de ramener les morts à la vie par un simple toucher. Hélas, a-t-il appris à ses dépens, un deuxième toucher ramène l'être touché dans le royaume des morts. Il ne peut donc plus jamais toucher un être cher qu'il a ressuscité, comme par exemple son chien Digby grâce auquel il a pris conscience de son don. Vous imaginez le reste! Ou peut-être pas. La destinée de notre héros a beau être tragique, la série n'a rien de tragique. Pushing Daisies est un feuilleton drôle, charmant et kitsch à souhait. Et Chuck (superbe surnom de Charlotte Charles), le premier amour de Ned, est presque aussi charmante que Maggie Gyllenhal dans Stranger than Fiction. C'est dire!



Chuck!

Deux autres images de Chuck, Ned et Digby )

Quelques affirmations à l'emporte-pièce

  • May. 8th, 2008 at 8:09 PM
Alumettes, Prince, Dexter, Jeffrey & Frank, Sourire de Bree, Insomnie, Buttercup au combat, Eternal Sunshine, Gravité, Tension, Lipstick, Cheveux rouges, Fantôme, Hiro sabre, Clé rose, Sévérité, Avions de guerre, Coquetteries, Marche désert hivernal, Romain miroir, Trouble, Catwoman songeuse, Clementine café, Euphorie Hiro, Framboises, Pensive vintage, Bonhomme vert, Branche ciel blanc, Scooter, Échine, Arbre blanc fond rouge, Banc rouge enneigé, Alice, Ourson étoile, Wink, Dirty, Greta ombre, Victor squashed under a train, Fantôme mauve, Me and a gun, Chat coeur, Canard TNBC, Araignée, Robe b&w sur fond rouge, Ichigo, Chanteuse, Fleurs noires sur blanc, Enfant monstre, Vincent lit, Alice & Gun, Veuve, Chick Silent Hill, Enid, Femme et chat, Chambre vide, Complot, Kiwis, Paternité, Écouteurs, Jeanne chapeau, Hug étoile, Sourire soleil, Auto tempête, Putréfaction, Croque-oiseau, Lumières, Neige Balade, Coccinelle, Noyée, Isabelle et Théo, Lampadaire rose, Homme triste, Teddy et Jo, Buttercup ennuyée, Biscuits Noël, Feuilles, Allegra & Ted, Bleu lulus, Regard oblique, Cyborg doigt, Buttercup ébhétée, Sillons, Métro, Chat noir sur fond rose, Gris, Fille musique, Bree with gun, Lapins jaunes, Cthulhu, Croquer monstre, Jules&Catherine&Jim, Buttercup kick des culs, Damn good coffee, Chapeau b&w, Allegra, Jaune, Connivence, Chirurgie, Monstre et corail, Celestine, Michelle - 24, Fenêtre, Corps rompu, Clôture jaune, Maison, Ombre lignes, Rothko - Orange and yellow, Jeanne cigarette, Silence, Rien, Pelle, Tête reposée
Oubliez ce que j'écrivais à propos de la bière. L'alcool c'est mal! Tenez-vous le pour dit! L'alcool a cet effet d'annihiler à moyen terme toute volonté. Avec l'alcool, c'est tout pour maintenant et rien plus tard. L'alcool consacre le présent et liquide l'avenir. Voilà pourquoi, sous l'effet du lendemain de veille (assez léger pourtant - hélas!), je n'étais aujourd'hui qu'une larve. Certes, il m'arrive de manquer de volonté, mais la possibilité de retrouver ma volonté demeure présente. Pas les lendemains de veille...

Ouais, l'alcool c'est mal. Et je compte bien remettre ça bientôt! Voir des gens c'est bien! Pas tout le temps, pas au point de nous dérober à nos obligations, mais parfois. Et boire avec des amis est quand même un des grands plaisirs de la vie. J'ai passé une belle soirée hier, entre autres en compagnie de mes co-organisatrices du colloque sur Houellebecq. Nous avions eu tant de plaisir à travailler ensemble pendant un an. C'était un grand bonheur de les revoir! Évidemment, l'université a de beaux côtés. Organiser un colloque dans un enthousiasme partagé et un esprit d'équipe réel, c'est splendide. Ça arrive sans doute plus souvent que je ne le crois dans mes élans les plus pessimistes... J'ai beau avoir des projets personnels pour le moment tant convoité de « l'après-dépôt », la perspective de ne plus partager à aucun projet collectif m'attriste vraiment.

*****

La paternité, c'est très sexy! Il n'y a rien à faire, voir un homme s'occuper de son enfant, ça provoque chez moi un de ces effets! En fait, avec ou sans enfant en sa compagnie, un bon père se voit immédiatement octroyé un sex appeal incomparable. Je pense entre autres à un homme qui, bien que d'une beauté incontestable, m'avait toujours laissée de marbre. Je savais qu'il était attirant, mais je ne le comprenais pas. Après la naissance de son enfant, à mesure que ses cernes ont commencé à se creuser et encore plus après que je l'aie entendu parler de sa progéniture, j'ai enfin commencé à comprendre l'attirance que la gent féminine au grand complet ressentait à son égard- qui n'était sans doute plus le sentiment que je n'avais jamais réussi à comprendre.

Tout juste en face de chez moi, il y a aussi ce jeune homme d'un style mi-hippie mi-branché que je vois toujours sortir en compagnie de son enfant. La première fois que je l'ai vu descendre l'escalier avec la poussette, j'ai été immédiatement charmée! Moi qui suis si peu consciente de mes voisins, je l'ai souvent remarqué depuis monter ou descendre l'escalier, toujours en compagnie de son enfant. Plus tôt dans la soirée, je l'ai aperçu sur son large balcon en compagnie de sa petite. La lumière du crépuscule était si belle en plus. À partir de la salle à manger, un peu en retrait, je les observais. Je n'arrivais pas à détacher mon regard de cette scène tendre et virile. En plus, il était vêtu d'un jeans et d'un t-shirt blanc, le costume par excellence de l'homme viril dans l'imaginaire nord-américain. J'étais si troublée que je n'osais pas retourner m'installer à mon bureau, tout juste devant ma fenêtre...

J'ai justement rêvé la nuit dernière qu'un de mes amis, un homme que je n'avais jamais vu, me confiait sa fille, une enfant de deux ou trois ans. Je m'étais assise par terre, la petite sur mes genoux. Et à ce moment, j'ai aperçu un autre ami à moi, un vrai celui-là, qui est lui aussi père, que j'ai en fait toujours connu comme père. Mais bon, je ne pense pas que je l'ai aperçu dans mon rêve parce que je rêvais à la paternité, mais plutôt que j'ai rêvé à cette histoire de paternité parce que j'avais pensé à lui tout récemment.

Enfin, ça suffit toutes ces histoires de progéniture! J'imagine trop Amélie jubiler en lisant ça...

Circulation

  • May. 7th, 2008 at 7:04 AM
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J'espérais suivre la trace, mais je ne peux pas. C'est, qu'en réalité, il n'y a rien à suivre. Qu'il y ait ou non des traces, elles ne mènent vers rien, elles ne disent à rien. Circulez, me dis-je, il n'y a rien à voir.

L'histoire est sans doute vouée à se répéter. Comment pourrait-il en être autrement? Pour qu'elle change son cours, il faudrait que je change, mais je ne change pas. Je suis la même, fucking toujours la même.

*****

La seule pensée qui me vient en ce moment à l'esprit est: à quoi bon? Oui, je vous le demande, à quoi bon?

*****

Irai-je ou non ce soir à des mondanités? Hier, j'en ai ratées, portée par de bonnes intentions. Pour rien du tout, finalement, comme c'est souvent le cas. Ce soir, je ne devrai pas résister. La bière est toujours la solution.

Pensée positive: un aphorisme

  • May. 6th, 2008 at 7:18 AM
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À nuit de cul, journée de cul.

Quand le coeur n'y est pas

  • May. 5th, 2008 at 10:07 AM
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Voilà environ dix ans que je fréquente plus ou moins assidûment le FTA (anciennement Festival de Théâtre des Amériques et désormais Festival TransAmérique, ce qui est plus trendy mais pas mal moins clair que l'ancien nom du festival). Environ dix ans que je me dis: « Lors de la prochaine édition, je verrai tous les spectacles. » Je croyais que ce fameux moment était venu. Apparemment, ce n'est pas le cas. Pour pouvoir bénéficier du rabais qui rendait une telle entreprise possible, il eut fallu acheter nos billets avant la fin avril et nous ne pouvions pas.

Dans l'impossibilité de tout voir, je n'ai, en vérité, plus envie de voir grand chose. J'ai le sens des justes proportions et de l'équilibre! Le pire, ce n'est même pas parce que je tiens à voir tous les spectacles. J'ai brièvement parcouru le programme et il n'y a pas grand chose qui m'a allumée, contrairement à l'habitude. C'est même pour la raison inverse, mon désir ne pouvant se fixer sur rien, je me dis: « Autant tout essayer! » Je ne me sens pas en mesure de faire un choix. Ça ne m'arrive pas souvent, de n'avoir envie de rien... Je déteste ça. (Précisons que je n'ai pas envie de rien, en général, juste dans ce cas précis. Peut-être que c'est simplement parce que j'épuise mon désir ailleurs. Qui sait?) Je parle de tout essayer alors que je ne me sens pas du tout ouverte à l'inconnu. C'est ce qui se produit quand on vit les déceptions un peu trop intensément. Et quand on a toujours de grandes attentes. Mais je m'égare.

Certes, il est vrai que mes deux dernières expériences au théâtre m'ont dégoûtée. J'avais beau avoir eu droit à la surprise extraordinaire de Ce qui meurt en dernier de Denis Marleau et juste avant du spectacle de Jocelyne Montpetit, ces deux moments de grâce ne m'ont pas parée contre le dégoût intense de L'homme sans but et de Blasté. J'aurais dû foutre le camp comme je l'ai déjà fait. Mais je ne l'ai pas fait. Et là, je n'ai plus envie de voir une pièce de théâtre ou un spectacle de danse. Ô grand drame existentiel!

Pour tout dire, j'ai juste peur de manquer quelque chose. Quand on vit un peu trop à la remorque de ses états d'âme et de ses caprices, on passe à côté de pas mal de choses. J'essaie donc de ne pas trop m'écouter. Mais pour tout dire, l'idée de ce festival me déprime pour une foule de raisons dont je ne parlerai pas. Qu'importe...

Et puis, ça ne rime à rien, tout ça! La preuve est maintenant donnée qu'il est beaucoup plus facile de communiquer l'ennui en exprimant son ennui que l'enthousiasme en témoignant de son enthousiasme!

Notre grand solitaire

  • May. 4th, 2008 at 6:28 PM
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Tant qu'à ne plus réfréner mes envies de parler de mes chats, je vais y aller d'une autre photo. Cet après-midi, Ferdinand le solitaire était introuvable. Il n'était ni sous l'échelle, ni sur le divan, ni sur les armoires de cuisine, pas davantage sous le lit que sur le lit, pas plus couché sur le tapis de salle de bain que sur une des chaises de cuisine ou de bureau ou caché dans un garde-robe. Après que nous ayons mené d'intenses recherches, il a décidé de nous donner signe de vie: il était caché sous la couette!

Voici donc Ferdinand au moment où il sortait de sa cachette:


Remarquez au passage les sourcils hallucinants de notre Ferdine!

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Je me remets difficilement de la nuit dernière. Deux heures trente après mon réveil, je me rappelle encore clairement cette impression de sentir le sol disparaître sous mes pieds. Non pas parce que j'ai rêvé que le sol se dérobait effectivement sous mes pieds - si seulement! -, mais parce que j'ai rêvé qu'Amélie était morte. En fait, j'ai rêvé qu'on m'annonçait la mort d'Amélie. La différence est considérable. Je n'ai pas vu, dans ce cauchemar, le cadavre d'Amélie. J'ai rêvé que ma mère me disait qu'Amélie était morte. Ce n'est même pas vrai. C'est moi qui l'ai forcée à me le dire. Alors que je marchais sur St-Denis, tout juste au sud d'Emery, je parlais au téléphone avec ma mère. Je ne sais pas si c'est elle qui m'avait téléphoné ou si c'est l'inverse. Je ne me rappelle plus si mon rêve représentait ce moment. J'ai cependant l'impression que c'est moi qui lui avais téléphoné. Je lui ai demandé si elle avait des nouvelles d'Amélie suite à sa visite à l'hôpital. L'état d'Amélie ne devait pas être très grave puisque je n'avais pas l'air très inquiète. Ma mère ne m'a pas répondu. Il y a eu un long silence. Et c'est à ce moment que je lui ai demandé - dans une rupture complète avec le calme initial de ma question: « Elle est morte?... Amélie est morte?! » (Je frémis juste à écrire ces mots... J'hésite même à le faire tellement ils m'horrifient... Peut-être les effacerai-je...) Ma mère m'a répondu: « Oui... » Je me suis mise à répéter, de plus en plus fort, tout en continuant de parler à ma mère sur mon cellulaire et de marcher sur St-Denis en direction sud: « Amélie est morte! Amélie est morte! Amélie est morte! Amélie est morte! » Je me suis demandé ce que j'allais faire de ma vie et je me suis dit que je devais continuer de vivre, que c'était ce qu'Amélie désirait, qu'elle voulait que je vive pour écrire. Je crois qu'en réfléchissant, je continuais de répéter: « Amélie est morte! Amélie est morte! »

Je me suis ensuite réveillée, le coeur battant. J'étais couchée dos à Amélie à ce moment-là, à quelques centimètres d'elle, ce qui est rare. Nous passons la majorité de la nuit collées l'une contre l'autre. Je me suis retournée vers Amélie et je l'ai serrée, pleine d'angoisse. Son corps chaud était si rassurant. J'ai pensé à toutes ces fois où Amélie m'avait grondée parce que je ne l'avais pas réveillée suite à un cauchemar. Elle dort beaucoup plus dur que moi. Mon agitation ne suffit pas à la tirer du sommeil. Il m'est même arrivé de pleurer suite à un cauchemar sans qu'elle ne s'en rende compte. Bien sûr, elle se sentait affreusement coupable par la suite, quoique je ne lui avais fait aucun reproche. Elle m'avait alors fait promettre de la réveiller la prochaine fois. Je ne l'ai jamais fait par crainte de la perturber. Mais cette fois, c'était autre chose. J'étais bien prête à perturber son sommeil tellement j'étais désemparée, mais je sentais que je vivais une expérience essentielle. Il était impératif que je me confronte seule à cette horreur absolue. Je devais restée livrée à moi-même. Son corps chaud était suffisant pour m'accrocher à la réalité, pour assurer une rupture minimale avec mon cauchemar.

Je me suis mise à penser à la mort. Il y avait longtemps que je ne m'étais pas réveillée en pleine nuit en pensant à la mort. Il fut une époque où ça m'arrivait souvent. J'ai pensé à quelques personnes de ma connaissance qui sont familières avec la mort. À deux personnes pour être plus précise, une que je connais à peine (pour ne pas dire: pas) et une qui m'est chère à défaut d'être aussi près que je le souhaiterais, Édith pour ne pas la nommer. En pensant à cette femme que je ne nommerai pas par timidité et à Édith, qui sont toutes deux de grandes tragiques, je me suis sentie si petite, si enfant. Innocente. Cette évidence m'a frappé que je suis vierge de tout chagrin concret. Bien sûr, c'est faux. J'ai perdu dans ma vie beaucoup de gens qui m'étaient très chers. C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de gens que j'aimais profondément - et que j'aime encore dans beaucoup de cas - qui sont disparus de ma vie, que ce soit parce que nous avons laissé aller notre relation, parce que nous avons clairement rompu, parce qu'ils ne me toléraient plus (il y en a plusieurs, des comme ça), parce qu'ils ne satisfaisaient plus à mes exigences, très hautes comme vous le savez (il y en a aussi un lot), enfin, pour une foule de raisons. Parmi tous ces gens, certains pourraient être retrouvés facilement, d'autres moins et d'autres sont impossibles à retracer.

Et pourtant, dans les faits, il demeure une possibilité, même infime de reprendre contact avec eux - à la suite d'une révélation quelconque, mettons, ou par les bons soins d'un détective privé qui retrouverait lesdits impossibles à retracer - pour la simple raison qu'ils sont encore vivants. Et, comme le souligne si bien l'adage: tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. Ça aussi, c'est faux. Parfois, il n'y a carrément plus d'espoir. N'empêche que la possibilité physique est là. Ultimement, c'est tout ce qui compte. Par conséquent, on commet quand même une injure envers les endeuillés quand on affirme qu'on a perdu quelqu'un qui n'est pas mort. Ce n'est pas la même chose. Même à l'autre bout du monde, un vivant demeure à notre portée. Un mort est hors d'atteinte, radicalement hors d'atteinte.

Alors que puis-je bien connaître, moi, de l'expérience de la perte, moi qui n'ai à peu près pleuré aucun mort. Certes, il y a mes grands-parents. J'ai beaucoup pleuré à l'âge de huit ans mon grand-père paternel, Eugène, que j'aimais et aime encore si fort. Je regrette tellement de ne pas avoir connu plus longtemps cet homme impressionnant, fort et bon. Nous étions si près, si complices. Si je pouvais reculer dans le temps, j'aimerais tellement aller faire la connaissance de cet homme... Trois ou quatre ans auparavant, mon parrain, Pierre, était mort dans un accident d'auto. Pierre adorait me taquiner jusqu'à me mettre en colère. À cette fin, il n'arrêtait pas de me nommer July juste parce que je détestais ça. Je ne sais pas quel âge il avait exactement à sa mort. Il était à la fin de la vingtaine, vingt-sept ans, je crois. J'ai désormais - et pour toujours - vécu plus longtemps que mon parrain n'a vécu. Je n'ai pas eu d'autres morts jusqu'en 2001, année où à quelques mois d'intervalle, mes deux grands-mères sont mortes. Le 7 mai 2001, ma grand-mère maternelle, Huguette, que j'aimais aussi bien tendrement, est morte. (Puisque j'avais déjà commencé à bloguer depuis environ six mois à l'époque, on peut même retrouver dans mes archives, un texte un peu nul que j'avais écrit pour la circonstance. Évidemment, ma grand-mère méritait plus que ces clichés. À certains moments, on donne bien que ce qu'on peut, n'est-ce pas? La tentation est parfois forte de supprimer d'anciens textes. Mais puisqu'un des principes de mon existence est de « m'assumer », je résiste à la tentation... D'autant plus que c'est en partie parce que j'ai écrit ces trucs que je n'aime plus beaucoup que je peux réussir à écrire aujourd'hui des textes que j'aime davantage...) Et plus tard dans l'été, ce fut au tour de ma grand-mère paternelle de mourir, Yvette, une femme sévère et froide, à qui je ressemble beaucoup plus que je ne l'aurais cru, moins la froideur, ai-je réalisé récemment en parlant à Amélie. Je connais donc un peu la mort en raison du décès de mes grands-parents. Mais comme me disait Amélie tout à l'heure lorsque je lui parlais de ceci: « Des grands-parents, c'est fait pour mourir. » La formule est impitoyable, mais juste. Les grands-parents nous permettent en effet d'être en contact avec la fragilité de la vie et de nous initier à la proximité de la mort. D'ailleurs le seul moment où, quand je songe (vaguement, s'entend!) à me reproduire, je ressens une certaine urgence de le faire, c'est pour permettre à ma potentielle progéniture de connaître leurs grands-parents.

Mis à part mes grands-parents, qu'est-ce que je connais concrètement de la mort. Je n'ai pas d'amis décédés. C'est peut-être l'avantage d'avoir assez peu d'amis. On risque moins d'avoir des amis morts. La personne de mon âge la plus près de moi qui est décédée se prénomme Mireille. Ce n'était pas une amie, mais une camarade de cégep. En fait, elle a passé seulement un an dans notre programme de lettres et art dramatique. Par la suite, elle est allée étudier le théâtre à Moncton. Je l'avais croisée à ce moment-là au métro Henri-Bourassa. C'était une fille intimidante à prime abord mais très gentille en réalité. Je pense qu'elle impressionnait tout le monde. À cette époque où j'étais une jeune fille rangée, ses bottes d'armée, comme j'en porterais un peu plus tard, m'intimidaient beaucoup. Elle avait un look sombre, pas gothique mais disons grunge. Mais bon, ce n'était pas vraiment son look qui la rendait intimidante, quoiqu'il participait un peu à l'intimidation. C'est surtout que Mireille dégageait quelque chose d'extrêmement fort et sombre à la fois. Elle possédait une maturité qui sautait aux yeux. Et elle avait l'air vraiment brillante et talentueuse. Alors que je commençais à peine mon bac, elle s'est suicidée, m'a appris une camarade. J'apprendrais plus tard par une autre camarade, pas délicate pour deux sous, qu'elle s'était pendue. Son suicide était aussi radical qu'elle l'avait été pendant sa vie. Sa mort est vraiment une perte. Enfin, je pense souvent à Mireille, mais elle n'était pas mon amie. Je ne déroberai donc pas son deuil à ceux à qui il appartient.

Je ne connais pas le deuil, pour ma part. J'étais ou trop jeune ou déjà rendue d'avance à la certitude des morts qui sont les miens pour avoir connu le deuil. Tout ce que je connais de la perte c'est la mélancolie qui me l'a enseignée. La mélancolie permet de connaître quantité de choses. Elle permet de connaître le sentiment inconsolable de la perte. Elle permet de comprendre ce qu'est la rupture avec le monde. Elle apprend à celui qui accepte de vivre avec elle à quel point le contact avec le monde n'est pas évident, à quel point il nécessite un travail constant. Mais enfin, la mélancolie est une tristesse sans référent. Si elle m'a octroyé une certaine profondeur, elle ne m'a toutefois pas mis en contact avec la vraie vie. J'ai l'impression de vivre dans le mensonge puisque je ne sais pas vraiment ce qu'est la mort. Évidemment, je ne peux qu'espérer que ce mensonge se poursuive longtemps. Mais je crains de ne pas être en mesure d'affronter la vérité de la vie, si cette vérité est bien la mort...

*****

Que de sombres pensées en cette nuit de samedi à dimanche et en ce dimanche matin. Je perçois très bien les origines multiples de ce cauchemar bien que je n'aie pas exactement envie d'en parler ici. Je crois toutefois que parmi celles-ci il y a ma lecture d'un des essais de Montaigne, « De la tristesse ». Montaigne y évoque la difficulté pour celui confronté à un chagrin trop immense de se représenter ce chagrin à lui-même. Mon rêve en était une parfaite illustration. Je vais me méfier des prochains essais de Montaigne que je lirai!

*****

Après une nuit riche en cauchemars, je me disais qu'une musique cauchemardesque était de circonstance. J'ai donc opté pour Sopor Aeternus. En vérité, la musique de Sopor Aeternus en tant que telle n'est pas si cauchemardesque que ça. Elle est mélancolique et inquiétante, mais pas angoissante. Enfin, pas ce que j'en écouté jusqu'à maintenant. Si j'avais voulu me foutre vraiment les jetons j'aurais écouté Coil ou certaines pièces de Current 93 comme « Maldoror is falling ». Mais Sopor Aeternus est indissociable de la représentation graphique qu'en donne Anna-Varney Cantodea. Et les photos de ce personnage singulier et androgyne, fortement inspirées par le butō, suffisent à provoquer un mélange de malaise et de terreur.



D'autres représentations angoissantes de Sopor Aeternus )

Désordre temporel et amours félins

  • May. 3rd, 2008 at 3:04 PM
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Il y a vingt-quatre heures dans une journée, rappelai-je l'autre jour, pleine de perspicacité. Heureusement, parce que j'en ai perdu un sacré nombre aujourd'hui. « Perdu » compris non pas seulement comme « consacré à autre chose que ce que je dois faire », mais comme « à quoi, diable, ai-je consacré les neuf heures qui se sont écoulées depuis mon réveil? »... Je n'en ai pas la moindre idée. Je pourrais bien dresser une liste de tout ce que j'ai fait, mais honnêtement, je ne vois pas comment ça peut totaliser neuf heures. Je dois quand même me rendre à l'évidence. Je crois que les journées de pluie sont particulièrement propices à ce type d'égarement temporel. Il faudrait bien que je reprenne prise sur le temps. Je souffre peut-être d'un « désordre temporel » (temporal disorder) ... Qui sait?

Pour reprendre la formule qui m'est chère: « La journée avait si bien commencé. » (Peut-être que je dirai ça à la fin de ma vie aussi: « Ça avait pourtant si bien commencé. » J'essaie d'être sarcastique, mais au fond, c'est plutôt gai ce que j'énonce là. Ce n'est pas tout le monde qui peut dire: « Ça avait si bien commencé. »...) J'avais été réveillée par une attaque d'affection d'un de mes amours félins. Dès six heures, Ferdinand s'est jeté sur moi pour m'aimer. Comme à l'habitude, il a grimpé sur moi et s'est étendu sur moi de tout son long (qui est vraiment très long!) et a commencé à ronronner aussi puissamment que seul lui peut ronronner, puis à frotter sa tête contre moi, réclamer des caresses et me donner des lichettes. Il s'est ensuite couché à mes côtés et s'est glissé entre mes bras, où il a poursuivi sa longue séance d'affection. Quel amour, Ferdinand! Il me réveillait juste à la bonne heure en plus...

Pour y aller d'une nouvelle déclaration: Dieu que j'aime mes chats! J'imagine que les gens, en général, aiment leurs chats. Mais vraiment, je suis persuadée que nous avons adopté, Amélie et moi, des chats extraordinaires. La petite Badria, qui partage ma vie depuis plus de sept ans, qui est si intelligente, gentille, attentionnée, philanthrope (au sens où elle préfère les humains aux chats!) et indépendante à la fois, Elstir qui est avec nous depuis cinq ans, tellement doux, câlin, aimant et fidèle, puis le grand, le géant Ferdinand (vraiment! il est incroyablement haut sur pattes, long et lourd), vif, espiègle, nerveux, souvent solitaire et en même temps débordant d'affection à d'autres moments. Ce sont trois amours. Je chambarderais ma vie et je m'endetterais plutôt que de les abandonner.

Ça me rappelle une loi que nous avons formulée Amélie et moi il y a quelques temps de ça: tous les amoureux des chats sont des gens biens! Bon, j'exagère un peu. Cette loi n'était pas aussi simple. En vérité, nous pensions à des gens autour de nous, amis ou connaissances, et avions réalisé que tous les gens que nous aimons profondément et avec qui nous nous entendons bien aiment les chats. Bref, je n'aime pas nécessairement tous les gens qui aiment les chats, mais tous les gens que j'aime aiment aussi les chats! Je serai honnête: ma mère, que j'aime beaucoup, au demeurant, n'aime pas les chats. Mais je ne m'entends pas non plus avec ma mère... Entendez-moi bien: ce n'est pas que je m'entends mal avec elle. C'est juste que nous ne nous entendons pas. Sinon, autrement, je ne songe à aucune exception. À moins que les ennemis des chats de ma connaissance n'osent pas se déclarer à moi? Ils font bien, d'ailleurs! Je blague... un peu!

Une photo de ma mystérieuse chatte noire préférée, en pleine contemplation devant la fenêtre du salon.

Adieu adolescence rebelle

  • May. 2nd, 2008 at 8:08 PM
Alumettes, Prince, Dexter, Jeffrey & Frank, Sourire de Bree, Insomnie, Buttercup au combat, Eternal Sunshine, Gravité, Tension, Lipstick, Cheveux rouges, Fantôme, Hiro sabre, Clé rose, Sévérité, Avions de guerre, Coquetteries, Marche désert hivernal, Romain miroir, Trouble, Catwoman songeuse, Clementine café, Euphorie Hiro, Framboises, Pensive vintage, Bonhomme vert, Branche ciel blanc, Scooter, Échine, Arbre blanc fond rouge, Banc rouge enneigé, Alice, Ourson étoile, Wink, Dirty, Greta ombre, Victor squashed under a train, Fantôme mauve, Me and a gun, Chat coeur, Canard TNBC, Araignée, Robe b&w sur fond rouge, Ichigo, Chanteuse, Fleurs noires sur blanc, Enfant monstre, Vincent lit, Alice & Gun, Veuve, Chick Silent Hill, Enid, Femme et chat, Chambre vide, Complot, Kiwis, Paternité, Écouteurs, Jeanne chapeau, Hug étoile, Sourire soleil, Auto tempête, Putréfaction, Croque-oiseau, Lumières, Neige Balade, Coccinelle, Noyée, Isabelle et Théo, Lampadaire rose, Homme triste, Teddy et Jo, Buttercup ennuyée, Biscuits Noël, Feuilles, Allegra & Ted, Bleu lulus, Regard oblique, Cyborg doigt, Buttercup ébhétée, Sillons, Métro, Chat noir sur fond rose, Gris, Fille musique, Bree with gun, Lapins jaunes, Cthulhu, Croquer monstre, Jules&Catherine&Jim, Buttercup kick des culs, Damn good coffee, Chapeau b&w, Allegra, Jaune, Connivence, Chirurgie, Monstre et corail, Celestine, Michelle - 24, Fenêtre, Corps rompu, Clôture jaune, Maison, Ombre lignes, Rothko - Orange and yellow, Jeanne cigarette, Silence, Rien, Pelle, Tête reposée
Vous rappelez-vous cette époque où « adolescence » allait de pair avec « rébellion »? Je ne parle bien sûr pas de ma propre personne. Adolescente, j'étais une fille extrêmement sage. Je n'ai commencé à déraper - mais alors là sérieusement - que plus tard. Non, je parle de l'adolescence en général, de l'adolescence « normale ». La rébellion adolescente a beau revêtir des atours un peu grossiers, elle est quand même désirable. Voir un adolescent non seulement rentrer de bon coeur dans le rang mais exiger du monde entier qu'il en fasse de même m'apparaît donc complètement terrifiant. 

Quelle ne fut pas ma stupeur et mon horreur de tomber par hasard, grâce au fil RSS du Devoir annoncé parfois sur Gmail, sur une lettre ouverte d'un adolescent qui exprimait son indignation en réclamant à grand cri... des lois! L'adolescent en question raconte qu'il a « participé à une manifestation publique qui dénonçait les stratégies de promotion trompeuses de l'industrie du tabac, qui [le] ciblent et qui ciblent des jeunes comme [lui] ». Jusque-là, tout va bien. Un adolescent dans une manifestation, ça va de soi. Ce n'était cependant pas une manifestation comme les autres. Celle-ci avait ceci de particulier qu'elle avait pour but de demander « au ministre de la Santé, Philippe Couillard, d'interdire les saveurs ajoutées dans les cigarillos et d'en réglementer l'emballage. » L'auteur de la lettre prend d'ailleurs soin d'exprimer clairement son approbation de l'ordre établi, du régime sanitaire qu'on nous impose: « Comprenez-moi bien: ce qui a été fait jusqu'ici dans la lutte contre le tabagisme est extraordinaire, mais c'est encore insuffisant. » Il nous prouve du même coup qu'il n'y a rien de plus facile aujourd'hui que d'imposer un certain ordre du monde en nous faisant croire que c'est celui-là même que nous avons désiré. Il ne craint d'ailleurs pas de mépriser ses semblables en affirmant à quel point ceux-ci sont dupes des emballages et saveurs « si attirants pour les jeunes ».

On pourrait à la place demander d'introduire au sein de la formation des cours qui seraient susceptibles de développer le jugement critique des adolescents par rapport aux produits qu'on tente de leur vendre, comme par exemple les cours d'économie... qui seront justement abolis à partir de 2009. Mais pourquoi vouloir développer son jugement critique et devoir ainsi s'en remettre à l'exercice de sa liberté lorsqu'on peut se reposer sous le joug si rassurant des lois?

Lorsque le mouvement de révolte si naturel à l'adolescence disparaît, même chez un seul individu, ça craint...

Une mesure

  • May. 2nd, 2008 at 12:52 PM
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Lorsque j'étais jeune, romantique, naïve et innocente par rapport à tous les tracas matériels, je croyais que seul l'amour concernait la vie amoureuse, que l'amour triomphait de tout et devait faire fi du reste. Évidemment, maintenant que je ne suis plus naïve et innocente, je sais très bien qu'il en est rarement ainsi. Dans les faits, les questions financières déterminent presque toujours l'avenir d'une relation. Et les gens sont d'un snobisme épouvantable, surtout les universitaires. Je n'en connais pas beaucoup des titulaires de diplômes d'études supérieures qui s'accoupleraient avec un non-titulaire de diplôme d'études supérieures. En secret, peut-être, mais pas au point d'en faire leur compagnon de vie. Et ne croyez pas que c'est parce que, selon leur excuse officielle, ils cherchent quelqu'un partageant des intérêts similaires aux leurs, ayant un bagage similaire ou n'importe quelle autre bullshit du genre. En vérité, ils s'intéressent souvent si peu à la vie intellectuelle qu'il leur serait très aisé de trouver dans n'importe quelle classe sociale des gens éprouvant la même dose de désintérêt qu'eux par rapport à la vie peu importe ce qu'ils en disent, le diplôme, c'est l'homme. C'est précisément pour ça qu'ils sont devenus des universitaires. Incapables de juger par eux-mêmes de leur valeur, les pauvres - comme la plupart des gens, au fond -, ils ont cherché à tout prix une reconnaissance officielle. Enfin, je m'égare un peu dans mes considérations anti-universitaires - anti-universitaires étant entendu ici non contre l'université en elle-même, contre les gens qui pourraient la peupler, mais contre les gens qui, dans les faits, hélas la peuplent en majorité.

Pour ma part, je n'en ai pas moins essayé de toujours vivre ma vie affective selon mes principes apparemment naïfs. (Naïfs, complexes et épuisants, devrait-on préciser... Mais c'est une autre histoire...) Ça ne m'empêche pas d'être capable de mesurer - en partie - la valeur de l'amour d'une personne en fonction de ces facteurs prédominants. Je ne sais pas si l'une ou l'autre en avons déjà parlé, mais Amélie et moi pratiquons cette chose apparemment désuète qui est le partage de nos revenus. Ce choix s'est imposé de lui-même. Nous partageons tout, comment pourrions-nous ne pas partager nos revenus? De toute façon, nous nous marierons dans un futur assez proche, l'an prochain au plus tard. Nous vivrons donc officiellement dans une communauté de biens.

J'ai pris conscience hier d'une chose importante. J'ai réalisé qu'Amélie avait choisi de passer sa vie avec une femme endettée de 43 376,00 $, en plus des intérêts. Elle-même est endettée, mais pas autant que moi. Et contrairement à moi, elle est boursière. Si vous ne le savez pas, c'est parce qu'elle fait partie de cette belle et rare catégorie de boursiers qui n'ont jamais fait des bourses leur grand sujet de discussion. Évidemment, je ne parle pas ici de l'expression d'un bonheur légitime au moment de l'obtention. Amélie n'en avait pas fait pour sa part une annonce publique il y a un an parce qu'elle est discrète et décente, mais je serais bien hypocrite de dire qu'une telle obtention ne transforme pas les conditions d'existence. Avant, nous vivions dans un appart pourri qui nous avait rendu gravement malade. Maintenant nous vivons dans un bel appart où on peut respirer et où il fait bon vivre. Bien sûr, nous habitions dans un appart particulièrement épouvantable, mais il aurait été très difficile de trouver un quatre et demi du même prix, même à Hochelaga. Alors, non, je ne ferai pas comme si ça ne comptait pas. Les individus auxquels je me réfère sont plutôt ceux qui parlent constamment de bourses, peu importe le moment de l'année. Je ne suis jamais allée, vraiment jamais, dans une mondanité réunissant des universitaires où il n'était pas question de bourses. Le sujet revient inévitablement sur la table. Tout dépendant du moment de l'année, il occupe plus ou moins d'importance. En revanche, il m'est très souvent arrivé d'aller dans une mondanité entre gens qui étudient ou enseignent la littérature où il n'était pas question de littérature. Cherchez l'erreur... Il serait aisé d'en conclure que les universitaires sont plus excités par les demandes de bourse que par l'étude de la littérature ou de tout autre champ d'étude. Tout tend à le faire croire. Mais je vous laisserai tirer vos conclusions par vous-mêmes. Ou à accuser le coup de la stupéfaction si vous ignoriez jusqu'à ce jour une telle réalité. Pensez bien que je n'exagère pas d'un iota. Enfin, honnêtement, je ne tenais pas à en faire l'objet de ce billet, mais cette précision m'apparaissait importante pour bien prendre la mesure.

Je disais donc qu'Amélie, assez endettée mais beaucoup, beaucoup moins que moi, et boursière, contrairement à moi - qui ne le serais pas davantage si je continuais au doctorat -, avait choisi de passer sa vie avec une femme endettée de 43 376,00$, en plus des intérêts. Je ne sais pas si vous en avez conscience - moi je ne le réalisais pas jusqu'à hier - mais ce n'est pas peu de choses. Bien sûr que si Amélie partageait sa vie avec une personne titulaire, comme elle, d'une bourse, sa vie ne serait pas la même. Elle pourrait peut-être même s'acheter dès maintenant un condo et tout le tralala. Ce n'est évidemment pas Amélie qui m'a dit ça. C'est moi qui y ai pensé. Mais elle sait tout ça. Et elle choisit malgré tout de passer sa vie avec moi. Même qu'elle dit que si elle dispose d'un revenu suffisant, elle veut que j'arrête de travailler pour écrire, si c'est ce que je souhaite, parce qu'elle est convaincue de mon talent. Il ne faudrait pas croire que j'exprime ici une bête gratitude. Je suis parfaitement consciente de tout ce que je lui apporte, qui n'est pas financier, quoiqu'il puisse contribuer à plusieurs égards à la « réussite financière », mais pas uniquement. Je lui apporte beaucoup plus que ça. Et bien sûr, ce qu'elle m'apporte est bien davantage que d'ordre financier. Je ne serais pas avec elle autrement. Non, je n'exprime pas ici de gratitude et encore moins de soumission. Ce que je tiens à partager ici, c'est mon admiration pour Amélie, qui est tellement au-dessus de ces considérations que j'évoquais plus haut. C'est entre autres pour ça que je l'aime, pour ça que nous nous aimons. J'admire et aime cette femme. Voilà.

Vitalité et présence

  • May. 1st, 2008 at 3:00 PM
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Il ne faut pas craindre les clichés! On y échappe rarement. Tout ce qu'on fait a déjà été fait des milliers de fois dans un contexte presque identique. L'unicité est une ânerie. Seuls les imbéciles ou les ignorants peuvent se croire originaux.

Scène typique de la vie lesbienne: deux jeunes femmes vêtues de noir entrent au Millenium et s'achètent la série complète (ou presque?) de Love and Rockets.

Ceci dit, il y a des clichés moins nuls que d'autre. Il y a lire Love and Rockets et il y a regarder The L Word... (Je le sais, je l'ai regardé pendant quelques temps. Il faut être foutrement en manque de gouines pour regarder avec avidité cette merde.)

*****

Dur moment que celui où un de tes restaurants fétiches pour aller bruncher se met à servir du mauvais café, pas aussi mauvais que celui de Cora (cherchez l'erreur: comment un restaurant qu'on distingue par son café dégueulasse peut faire des publicités afin de vanter les mérites de ce café dégueulasse?), mais franchement mauvais quand même. Un des plus grands intérêts du brunch est la consommation excessive de café! Alors si le café se met à être dégueulasse... Ah Fruit Folie, pourquoi m'as-tu abandonnée?! Sans compter que mes oeufs pochés étaient trop cuits... Heureusement, la serveuse et le garçon qui venait souvent remplir nos tasses de café - que je buvais malgré tout - étaient adorables...

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J'ai finalement décidé ce matin de renoncer complètement à mon jeudi, de m'accorder officiellement un répit, en essayant de me sentir le moins coupable possible. Exercice difficile. Qu'on ne s'imagine pas que c'est une plainte et non un constat. Je tiens à ma culpabilité.

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Il n'existe rien de tel qu'une relation équilibrée.

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Comment quelqu'un à l'esprit si rancunier et vengeur peut être en même temps un si fidèle adepte de la prescription « Mais qui te gifle sur la joue droite, tourne aussi vers lui l'autre joue » (Mt 5, 39) ?

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Nous avons enfin Les Essais de Montaigne! La même édition jaune, en plus, que celle dans laquelle j'avais découvert et travaillé sur « De l'amitié » lorsque j'étais en cinquième secondaire. Ce qui est assez étrange, c'est qu'au moment où ce texte avait capté mon attention, je n'avais aucune idée qu'il s'agissait d'un des essais les plus célèbres de Montaigne. Je suis toujours fascinée de constater qu'au sein d'une oeuvre, ce sont souvent les mêmes passages qui frappent les gens, avant même qu'ils ne lisent quoi que ce soit à propos de ces textes. Comme j'avais aimé ce passage des Essais de Montaigne! Et pourtant, à la fois par un concours de circonstances et parce que je choisissais toujours de lire autre chose que Montaigne que j'avais pourtant réellement envie de lire, je n'ai jamais lu Les Essais jusqu'à ce jour. J'y remédierai bientôt.

Quelques-unes des grandes oeuvres, surtout françaises, n'auront plus de secret pour moi. Je veux passer à travers tout Montaigne, tout Proust, tout Flaubert, tout Balzac, tout Dostoïevski, tout Zola, puis Genet et Bloy, pour commencer par ceux-ci, ce qui est pas mal. On pourrait imaginer que je suis uniquement poussée par le devoir. Ce ne serait qu'à moitié vrai. Bien sûr, je crois qu'il faut lire les classiques. Non parce qu'ils sont auréolés de prestige (je n'en ai vraiment rien à crisser du prestige; puis je n'ai que peu de relations: qui épaterais-je avec ma lecture de ces textes?), même que le prestige est un des pires obstacles au contact réel avec une oeuvre, mais parce que je pense que ce sont parmi les textes les plus riches. Ils me font rigoler les gens qui s'imaginent tellement à contrecourant parce qu'ils étudient des textes dudit « extrême contemporain ». Croyez-moi, il est beaucoup plus insolite de s'intéresser aux grands textes. Et puis, les grands textes sont cent fois plus vivants et « choquants » que la plupart des prétendus provocateurs contemporains. Il s'agit simplement de faire l'effort d'établir un contact réel avec l'oeuvre. Cela nécessite un effort considérable mais le jeu en vaut la chandelle. Il ne faut pas supprimer la distance, mais pas se laisser intimider non plus.

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Je ne crains rien ni personne.

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Depuis un bout de temps, il y a toujours cette présence derrière mon épaule. Près à me frôler.

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Parmi les grands textes, il y a aussi La Bible! Diable! Comment pouvais-je oublier? Voilà quelques années que nous nous sommes procurées la fameuse traduction de Chouraqui, à l'époque où nous avions conçu Les Filles de Loth, et je ne l'ai toujours pas lu en entier. Honte à moi!

L'expérience du sommeil

  • Apr. 30th, 2008 at 10:07 PM
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J'essaie depuis plusieurs minutes d'écrire quelque chose de cohérent, mais rien ne vient. Je devrais seulement me recoucher au plus vite puisque je sais que je me sentirai mieux au terme de la nuit mais je n'ai pas envie de laisser filer cette impression unique.

L'expérience du sommeil n'est tellement pas overrated! Tout ce qui touche le sommeil est à juste titre une source de fascination. Je me sens dans une drôle d'agitation depuis une heure et demie environ. Je ne m'en sors pas. Tout ça parce que j'ai dormi dans des conditions inhabituelles. Peu après le souper, j'ai décidé de faire une sieste en espérant retrouver un peu d'énergie pour travailler le reste de la soirée. Je n'avais pas mis le réveil. J'ai le sommeil si fragile. J'étais persuadée que je me réveillerais au bout de quelques minutes comme à l'habitude. C'est seulement quand j'ai entendu mon cellulaire vibrer par longues secousses que je me suis réveillée. Lorsque j'ai constaté qu'il faisait très noir et pris connaissance de l'absence d'Amélie, j'ai pris peur. Puis j'ai compris que ce devait être elle qui m'appelait. J'ai d'abord cru qu'elle rentrait très tard puis c'est seulement ensuite que j'ai compris, qu'en réalité, son cours venait sans doute de se terminer et que j'avais seulement dormi trop longtemps. J'ai donc répondu au bout de quelques fractions de secondes qui me sont parues très longue. En vérité, elle était déjà rendue au métro Joliette et elle m'a parlé en marchant jusque vers la maison. Je n'en finissais plus de m'étonner de l'étrangeté de mon état. Contrairement à mon habitude, j'avais peine à l'écouter et ne cessais de répéter à quel point cette expérience était bizarre.

Je me sentais terrifiée à mon réveil et n'ai toujours pas encore vaincu cette angoisse. Rarement ai-je ressenti si fortement que je perdais le contact avec la réalité. Je crois que j'ai fait de bien mauvais rêves aussi pendant ma sieste, ce qui n'aide pas... À moins que ce ne soit les étranges instants qui ont précédé ma sieste. Alors que j'étais couchée sur le dos, simplement en train de me détendre - j'arrive seulement à m'endormir sur le côté -, j'ai entendu des bruits incongrus en provenance de la rue, des bruits peu étonnants dans mon quartier, propice à de telles incongruités, mais surprenants quand même lorsqu'on est à l'orée du sommeil. Tout d'abord de longs coups de klaxon suivis d'un puissant « Ta yeule!!», puis d'autres coups de klaxon et un « TA YEULE! » encore plus sonore. J'ai entendu les voix étouffées d'un petit groupe et des éclats de rire qui avaient l'air vaguement dément à partir de ma position. D'autres voix étouffées, puis encore les mêmes rires un peu effrayants dans la méconnaissance de leur origine. Je me suis retournée sur mon côté droit puis ai fini par m'endormir profondément malgré la clameur. Je suis certaine que je ne dormais pas avant de me retourner mais si je doutais un tant soit peu de moi, je pourrais aisément me mettre à soupçonner que je dormais et que j'avais tout rêvé tant la scène avait quelque chose d'irréel.

Je vais maintenant fermer mon portable et faire la cuillère avec ma femme déjà profondément endormie. (Y a-t-il un bonheur plus grand que de dormir en cuillère contre l'être aimé? J'en doute fort...) Au réveil, nous prendrons la 29 puis marcherons jusqu'au Fruit Folie où je mangerai des oeufs bénédictine avec du chèvre et des épinards ou des champignons et une montagne de fruits!

Quelques motifs de réjouissance

  • Apr. 30th, 2008 at 5:33 PM